Le Port autonome de Douala demeure la principale porte d'entrée du commerce extérieur camerounais. Pourtant, cette position stratégique ne se traduit pas encore par une performance logistique comparable aux meilleurs standards africains.

Le Container Port Performance Index (CPPI) 2025, publié conjointement par la Banque mondiale et S&P Global Market Intelligence, révèle que la plateforme portuaire camerounaise reste en retrait par rapport à plusieurs de ses concurrents d'Afrique centrale, notamment Malabo, Bata et Owendo.

Si Douala conserve un poids économique majeur en concentrant 62,5 % du trafic national de conteneurs, le classement met en lumière des contraintes structurelles qui limitent encore sa compétitivité internationale.

À l'heure où les ports africains investissent massivement pour attirer davantage de flux commerciaux, cette évaluation soulève des questions sur les priorités à mettre en œuvre pour renforcer l'attractivité logistique du Cameroun.

Douala conserve son rôle économique malgré un classement modeste

Avec 183 956 équivalents vingt pieds (EVP) traités, le Port de Douala reste le principal hub maritime du Cameroun et un point d'accès essentiel pour plusieurs pays de l'hinterland, notamment le Tchad et la République centrafricaine.

Cette position lui confère un rôle central dans l'approvisionnement du marché national et dans les échanges régionaux.

Cependant, le classement du CPPI 2025 montre que cette importance économique ne suffit pas à garantir une performance opérationnelle élevée.

En Afrique centrale, Douala n'occupe que la quatrième place, derrière Malabo et Bata en Guinée équatoriale, ainsi qu'Owendo au Gabon.

À l'échelle continentale, le port se classe 41e en Afrique, tandis qu'au niveau mondial il occupe le 370e rang. Ces résultats traduisent un écart persistant entre le volume d'activité traité par la plateforme et son efficacité opérationnelle mesurée selon les critères internationaux.

Les faiblesses structurelles pointées par le CPPI

Le rapport de la Banque mondiale et de S&P Global Market Intelligence identifie plusieurs facteurs qui pénalisent les performances de nombreux ports d'Afrique subsaharienne, dont Douala. Parmi les principaux défis figurent la saturation fréquente des quais, les lenteurs administratives liées aux procédures douanières ainsi que les insuffisances des réseaux logistiques reliant les ports à leur arrière-pays.

Selon les auteurs du rapport, ces contraintes ralentissent les opérations portuaires, augmentent les délais de traitement des marchandises et réduisent l'attractivité des plateformes auprès des compagnies maritimes.

Le document évoque notamment « la saturation régulière des quais, les lenteurs administratives dans les procédures douanières et les faiblesses de connectivité logistique vers l'arrière-pays » comme autant de facteurs qui freinent la compétitivité des ports fortement orientés vers les flux d'importation.

Dans un contexte où les armateurs privilégient des escales rapides et des coûts logistiques maîtrisés, ces difficultés peuvent influencer les choix des opérateurs internationaux.

Kribi progresse, mais reste encore derrière les leaders régionaux

L'autre grande infrastructure portuaire camerounaise, le Port autonome de Kribi, figure également dans le classement.

Grâce à ses infrastructures en eau profonde et à ses équipements modernes, Kribi poursuit sa montée en puissance et occupe la sixième place en Afrique centrale, tout en se classant 395e au niveau mondial.

Bien que son trafic demeure inférieur à celui de Douala, le port bénéficie d'atouts structurels importants, notamment sa capacité à accueillir des navires de grande taille et à réduire les temps d'escale.

Les investissements engagés ces dernières années, ainsi que le développement de nouvelles zones industrielles autour de la plateforme, pourraient progressivement renforcer son positionnement dans les prochaines éditions du classement.

L'Afrique redessine sa carte portuaire

Le classement 2025 met également en évidence l'émergence de plusieurs ports africains qui améliorent rapidement leurs performances grâce à des investissements ciblés.

Le port Tanger Med, au Maroc, confirme son statut de référence continentale en occupant la première place en Afrique et en figurant parmi les plateformes portuaires les plus performantes au monde.

Cette réussite repose sur une stratégie combinant modernisation des infrastructures, digitalisation des procédures, connectivité internationale et intégration logistique.

En Afrique subsaharienne, le Port de Dakar se distingue par l'une des progressions les plus remarquables du classement.

Les investissements réalisés dans ses infrastructures et l'amélioration de son efficacité opérationnelle lui permettent désormais de s'imposer comme une référence régionale.

Ces exemples montrent que les performances portuaires dépendent autant des équipements que de la fluidité des procédures administratives et de la qualité des connexions avec les réseaux routiers et ferroviaires.

Quels enjeux pour la compétitivité du Cameroun ?

Pour le Cameroun, les résultats du CPPI 2025 dépassent le simple cadre d'un classement international. Ils mettent en lumière les défis auxquels le pays devra répondre pour renforcer sa compétitivité dans un environnement logistique de plus en plus concurrentiel.

L'amélioration de la productivité portuaire constitue un enjeu stratégique pour réduire les coûts du commerce extérieur, attirer davantage de lignes maritimes internationales et soutenir les ambitions industrielles du pays.

La modernisation des infrastructures, la simplification des formalités douanières, la digitalisation des opérations portuaires et le développement de corridors logistiques performants vers l'hinterland apparaissent comme des leviers essentiels pour améliorer les performances des plateformes camerounaises.

Alors que le Port de Douala demeure le cœur des échanges commerciaux nationaux et que Kribi poursuit son développement, le défi consiste désormais à transformer ces deux infrastructures en véritables hubs logistiques capables de rivaliser avec les meilleures plateformes africaines.

Les prochaines années seront déterminantes pour mesurer l'impact des réformes engagées et la capacité du Cameroun à renforcer durablement sa place dans le commerce maritime régional et international.