Nigeria : la plus grande usine de lithium d’Afrique de l’Ouest ouvre
Le Nigeria inaugure la plus grande usine de traitement du lithium d’Afrique de l’Ouest. Un investissement stratégique qui vise à développer la transformation locale, créer des emplois et réduire les exportations de minerai brut.
Le Nigeria franchit une étape majeure dans sa stratégie de diversification économique. Le 2 juillet 2026, le pays a inauguré à Endo, dans l’État de Nasarawa, la plus grande usine de traitement du lithium d’Afrique de l’Ouest.
Au-delà de l’investissement industriel, cette infrastructure symbolise la volonté d’Abuja de transformer localement ses ressources minières plutôt que de continuer à exporter du minerai brut.
À l’heure où le lithium est devenu l’un des métaux les plus recherchés au monde pour la fabrication des batteries destinées aux véhicules électriques et au stockage de l’énergie, cette inauguration place le Nigeria dans la course aux minéraux critiques qui façonneront l’économie mondiale des prochaines décennies.
Une usine conçue pour transformer le lithium sur place
La cérémonie d’inauguration a été présidée par le vice-président Kashim Shettima, représentant le chef de l’État Bola Tinubu.
Les autorités ont présenté cette installation, propriété de Diamond New Energy, comme une infrastructure capable de traiter 6 000 tonnes de minerai par jour, soit près de 3 millions de tonnes par an.
Selon les chiffres officiels, le projet a déjà permis la création d’environ 1 000 emplois directs, tandis que 2 000 emplois indirects sont attendus au fur et à mesure de la montée en puissance des activités.
Pour le gouvernement nigérian, cette usine marque le début d’un changement de modèle économique. L’objectif est désormais clair : accroître la valeur ajoutée produite sur le territoire national avant toute exportation des ressources minières.
Mettre fin aux exportations de minerai brut
Cette orientation constitue l’un des piliers de la nouvelle politique minière du Nigeria. Le ministre du Développement des solides minéraux, Dele Alake, défend depuis plusieurs mois une ligne ferme consistant à limiter, voire interdire, les exportations de minerai non transformé.
Cette stratégie répond à un impératif économique. Longtemps dépendant des revenus pétroliers, le Nigeria cherche à diversifier ses sources de croissance après les réformes engagées par le gouvernement de Bola Tinubu, notamment la suppression des subventions sur les carburants et la libéralisation du naira.
Grâce aux importants gisements découverts dans les États de Nasarawa, Kwara et sur le plateau de Jos, le pays ambitionne désormais de devenir un acteur majeur de la chaîne de valeur mondiale du lithium.
Une ambition industrielle encore incomplète
Si cette usine constitue une avancée importante, elle ne représente toutefois qu'une première étape dans la transformation du minerai.
Le raffinage du lithium ne suffit pas à créer une véritable industrie des batteries. Entre le traitement du minerai et la fabrication des cellules lithium-ion interviennent plusieurs étapes industrielles à forte valeur ajoutée, comme la production des cathodes, des électrolytes ou encore l’assemblage des batteries.
À ce stade, ces segments restent largement dominés par les industriels asiatiques, en particulier chinois. Par ailleurs, le projet repose encore fortement sur des capitaux et des technologies étrangères.
Cette dépendance soulève des interrogations sur le niveau réel de transfert de compétences vers les entreprises et les ingénieurs nigérians. À ces défis structurels s'ajoute la volatilité du marché mondial.
Après une envolée historique, les prix du lithium ont fortement reculé en 2025, réduisant la rentabilité de plusieurs projets miniers à travers le monde.
Des défis locaux à relever
L'exploitation du lithium intervient également dans un contexte marqué par plusieurs fragilités internes. Les régions minières du Nigeria restent confrontées à l'exploitation artisanale illégale, à la contrebande transfrontalière ainsi qu'à des conflits fonciers opposant parfois communautés locales et entreprises minières.
Dans certaines zones, les activités clandestines alimentent des réseaux criminels qui compliquent la mise en place d'une filière officiellement contrôlée et pleinement traçable.
Pour que cette stratégie industrielle produise ses effets, Abuja devra donc renforcer la gouvernance du secteur, améliorer la sécurité des sites miniers et garantir un environnement réglementaire stable aux investisseurs.
Une tendance qui gagne toute l’Afrique
Le choix du Nigeria s'inscrit dans une évolution plus large observée sur le continent. De plus en plus de pays africains cherchent à transformer localement leurs ressources naturelles afin de capter une part plus importante de la valeur créée.
Le Zimbabwe a limité les exportations de lithium brut, la République démocratique du Congo renforce progressivement la transformation de son cobalt, tandis que la Guinée et le Mali multiplient les réformes destinées à mieux valoriser leurs ressources minières.
Cette stratégie traduit une ambition commune : faire des minerais critiques un moteur d'industrialisation plutôt qu'une simple source de matières premières destinées aux marchés étrangers.
Pour le Nigeria, l'usine de Nasarawa constitue ainsi bien plus qu'un investissement industriel. Elle représente un test de crédibilité pour une politique économique qui vise à transformer durablement les richesses minières en emplois, en compétences et en valeur ajoutée locale. Le véritable succès de cette stratégie dépendra désormais de la capacité du pays à attirer de nouvelles industries en aval, à développer une filière nationale des batteries et à inscrire cette dynamique dans la durée.



