Aliko Dangote investit 17 milliards $ dans une raffinerie au Kenya
Aliko Dangote choisit le Kenya pour construire une raffinerie de 17 milliards de dollars d’une capacité de 700 000 barils par jour. Un projet qui pourrait redessiner l’industrie pétrolière et énergétique en Afrique.
Après avoir bouleversé le paysage énergétique africain avec la mise en service de la plus grande raffinerie du continent au Nigeria, Aliko Dangote poursuit son offensive industrielle.
Le milliardaire nigérian a porté son choix sur le Kenya pour accueillir son prochain mégaprojet pétrolier : une raffinerie d'une capacité de 700 000 barils par jour, évaluée à 17 milliards de dollars.
Implantée sur l'île de Lamu, cette infrastructure devrait devenir l'un des investissements industriels les plus importants jamais réalisés en Afrique de l'Est.
Au-delà de son ampleur financière, ce projet traduit une ambition continentale : réduire la dépendance de l'Afrique aux importations de produits pétroliers raffinés, renforcer les capacités locales de transformation et repositionner le continent dans la chaîne de valeur des hydrocarbures.
Le Kenya décroche un investissement stratégique
Après plusieurs mois de spéculations, le groupe Dangote Industries Limited a confirmé que la future raffinerie serait construite à Lamu, une île située sur la côte kényane.
L'annonce a été faite par Edwin Devakumar, vice-président en charge du pétrole et du gaz au sein du groupe, mettant fin aux interrogations sur le pays qui accueillerait cette infrastructure stratégique.
Le chantier devrait s'étendre sur environ 30 mois, faisant du Kenya le futur centre névralgique du raffinage pétrolier en Afrique de l'Est.
Avec une capacité annoncée de 700 000 barils par jour, cette raffinerie dépasserait de nombreuses installations actuellement en activité sur le continent et viendrait compléter le dispositif industriel déjà développé par Dangote au Nigeria.
Réduire la dépendance énergétique du continent
L'Afrique demeure paradoxalement riche en ressources pétrolières mais fortement dépendante des importations de carburants raffinés.
Malgré une production importante de pétrole brut, le continent exporte encore environ les trois quarts de son pétrole avant de réimporter près de 70 % des produits raffinés consommés par ses économies.
Cette situation entraîne une perte importante de valeur ajoutée, expose les États aux fluctuations des marchés internationaux et alourdit leurs factures énergétiques.
En développant de nouvelles capacités de raffinage sur le continent, Dangote entend contribuer à inverser cette tendance en permettant à davantage de pays africains de transformer localement leur pétrole brut avant sa commercialisation.
Cette stratégie s'inscrit dans un mouvement plus large d'industrialisation visant à conserver davantage de richesse au sein des économies africaines.
Pourquoi le Kenya plutôt que la Tanzanie ?
Avant l'annonce officielle, la Tanzanie figurait parmi les principaux candidats pour accueillir le projet. Quelques semaines auparavant, Aliko Dangote s'était entretenu avec la présidente tanzanienne Samia Suluhu Hassan afin d'examiner cette possibilité.
À cette occasion, il avait expliqué « les considérations commerciales et techniques qui ont motivé la décision du groupe d'implanter sa future raffinerie d'Afrique de l'Est à Lamu », selon les informations communiquées par les autorités tanzaniennes.
L'homme d'affaires avait néanmoins invité la Tanzanie à participer au financement du projet kényan, ouvrant la voie à une coopération régionale autour de cette future infrastructure.
Le choix de Lamu repose notamment sur ses atouts logistiques, sa position stratégique sur l'océan Indien et son potentiel comme plateforme d'approvisionnement des marchés d'Afrique orientale.
Le succès de la raffinerie nigériane comme modèle
Le nouveau projet s'appuie sur l'expérience acquise avec la gigantesque raffinerie de Lekki, au Nigeria, entrée en activité en 2024. Avec une capacité de 650 000 barils par jour, cette installation a profondément modifié le paysage énergétique nigérian.
Premier producteur africain de pétrole brut, le Nigeria était pourtant contraint, pendant plusieurs décennies, d'importer l'essentiel de son carburant faute de capacités suffisantes de raffinage.
Cette dépendance représentait un coût considérable pour les finances publiques, alimenté par des importations massives et d'importantes subventions destinées à maintenir des prix abordables à la pompe.
L'entrée en production de la raffinerie Dangote a commencé à réduire cette vulnérabilité énergétique en renforçant les capacités nationales de transformation.
Une ambition industrielle à l'échelle mondiale
Les ambitions du groupe Dangote ne s'arrêtent pas au Nigeria et au Kenya. Selon les projections annoncées, l'entreprise prévoit de porter sa capacité totale de raffinage à 1,4 million de barils par jour d'ici 2028.
Si cet objectif est atteint, le groupe disposerait de la plus grande capacité de raffinage au monde, confirmant la volonté du milliardaire nigérian de faire émerger un champion industriel africain capable de rivaliser avec les grandes compagnies internationales.
Cette montée en puissance pourrait également renforcer l'autonomie énergétique du continent et améliorer sa balance commerciale en limitant les importations de produits pétroliers raffinés.
Un projet qui pourrait transformer l'économie régionale
Au-delà de ses retombées pour le secteur énergétique, la future raffinerie de Lamu devrait stimuler plusieurs pans de l'économie kényane. Sa construction mobilisera d'importants investissements dans les infrastructures, les transports, la logistique et les services industriels.
À terme, elle devrait générer des milliers d’emplois directs et indirects tout en favorisant le développement d'activités connexes, notamment dans la pétrochimie et le stockage des hydrocarbures.
Pour l'Afrique, cette nouvelle raffinerie représente bien plus qu'un investissement de 17 milliards de dollars. Elle illustre l'émergence d'une nouvelle stratégie industrielle fondée sur la transformation locale des ressources naturelles plutôt que sur leur simple exportation.
Si le calendrier de construction est respecté, le complexe de Lamu pourrait devenir un pilier majeur de la sécurité énergétique de l'Afrique de l'Est et renforcer durablement la place du continent dans l'industrie mondiale du raffinage pétrolier.



