Annoncé il y a près d'une décennie, le projet de Bus Rapid Transit (BRT) de Douala entre progressivement dans une phase décisive.

Longtemps resté au stade des études et des préparatifs, ce vaste programme de transport urbain affiche désormais un calendrier plus précis, une architecture financière consolidée et une stratégie de partenariat avec le secteur privé destinée à garantir sa viabilité économique.

Au-delà de la mise en circulation de bus modernes, ce projet de 335,3 milliards FCFA ambitionne de transformer durablement les déplacements dans la capitale économique camerounaise, où les embouteillages pèsent quotidiennement sur la productivité, les coûts logistiques et la qualité de vie des habitants.

Le secteur privé au cœur de l'exploitation du futur réseau

L'une des principales évolutions du projet concerne le modèle économique retenu pour l'exploitation du futur réseau.

Les autorités souhaitent confier l'acquisition de la flotte de bus ainsi que son exploitation à des opérateurs privés dans le cadre d'un partenariat public-privé (PPP).

Cette composante représente un investissement d'environ 100 millions de dollars, soit près de 57,7 milliards FCFA, destiné au financement des véhicules qui circuleront sur les différentes lignes du BRT.

Cette orientation a été dévoilée lors du lancement des consultations organisées dans les quartiers concernés par le Projet de mobilité urbaine de Douala (PMUD).

Pour Lydienne Ekalle, responsable des infrastructures et du développement urbain au sein de la cellule de coordination du PMUD, la réussite de ce partenariat repose avant tout sur la qualité des infrastructures mises à la disposition des futurs exploitants.

« Il faudrait qu’on puisse transporter les personnes vers le corridor, et les voies sur lesquelles ces personnes vont circuler doivent être bien aménagées, car l’acquisition des bus et l’exploitation du BRT seront confiées à des opérateurs privés », a-t-elle expliqué.

Des routes conçues pour durer au moins vingt ans

Plutôt que de rénover uniquement les routes existantes, le PMUD privilégie la construction de nouvelles voies de rabattement.

Ce choix répond à une logique économique de long terme. Les infrastructures devront présenter une durée de vie minimale de 20 ans, correspondant à celle prévue pour le corridor principal du BRT.

L'objectif est de limiter les coûts futurs de maintenance tout en offrant aux investisseurs privés un environnement d'exploitation fiable.

Selon Lydienne Ekalle, les routes actuellement utilisées dans plusieurs secteurs de Douala ne répondent pas à cette exigence de durabilité. « Actuellement, dans la ville, ces voies de rabattement n’ont pas cette durée de vie », a-t-elle précisé.

Ces nouvelles infrastructures permettront d'acheminer efficacement les voyageurs depuis les quartiers périphériques vers les stations principales du réseau.

Un montage financier largement soutenu par la Banque mondiale

Le financement du projet repose sur une combinaison de ressources publiques, de financements internationaux et d'investissements privés. La Banque mondiale assurera la plus grande part du financement avec 261 milliards FCFA, soit près de 78 % du coût total du projet.

Le partenariat public-privé devrait mobiliser 62,1 milliards FCFA, tandis que l'État du Cameroun, à travers la mairie de Douala, apportera 12,4 milliards FCFA.

Avant son lancement, le partenariat avec les opérateurs privés devra toutefois franchir plusieurs étapes réglementaires. Une étude de faisabilité économique est actuellement en cours afin d'évaluer la rentabilité du modèle proposé.

Le dossier sera ensuite soumis au Conseil d'appui à la réalisation des contrats de partenariat (CARPA), chargé d'accompagner l'État dans la structuration des contrats de partenariat public-privé. Les conclusions sont attendues d'ici la fin de l'année 2026.

Les premiers travaux annoncés pour fin 2026

Si le calendrier est respecté, les premiers chantiers devraient débuter avant la fin de 2026. La première phase prévoit l'aménagement de 12 kilomètres de voies de rabattement, pour un investissement estimé à 4 milliards FCFA.

À terme, le programme prévoit près de 80 kilomètres de voies secondaires destinées à connecter les différents quartiers aux axes principaux du BRT.

Le futur réseau comprendra quatre lignes totalisant 28 kilomètres, desservies par 48 stations, soit environ une station tous les 500 mètres afin de garantir une bonne accessibilité aux usagers.

Le projet prévoit également la construction de cinq gares multimodales implantées à l'ancienne direction des Douanes, à Ndokoti, PK14, Nelson Mandela et Yassa, qui faciliteront les correspondances avec les autres moyens de transport urbain.

Un enjeu économique majeur pour la métropole camerounaise

Le BRT dépasse largement la simple modernisation du transport collectif. Son ambition est de contribuer à fluidifier la circulation dans une agglomération confrontée à une congestion chronique, de réduire les temps de trajet et d'améliorer les liaisons entre les quartiers résidentiels et les principaux pôles économiques.

Une meilleure mobilité pourrait également renforcer l'attractivité de Douala pour les investisseurs en facilitant les déplacements des travailleurs et la circulation des activités commerciales. Toutefois, le succès du projet dépendra de plusieurs facteurs déterminants : la qualité des infrastructures de rabattement, la capacité à attirer des opérateurs privés prêts à investir durablement dans l'exploitation du réseau, ainsi que la coordination entre les travaux routiers, la gestion du système de transport et son articulation avec les autres modes de déplacement.

Dix ans après son lancement, le BRT de Douala semble enfin entrer dans une phase opérationnelle. Si les échéances annoncées sont respectées, la capitale économique du Cameroun pourrait disposer, dans les prochaines années, d'un système de transport structurant capable d'accompagner sa croissance démographique, de soutenir son développement économique et de transformer durablement la mobilité urbaine.