Après plusieurs mois de préparatifs administratifs et fonciers, le Cameroun franchit une nouvelle étape dans la réalisation de l'un de ses plus ambitieux projets d'infrastructures.

Le gouvernement a officiellement lancé, le 24 mars 2026, la deuxième phase de l'autoroute Yaoundé-Douala, à la suite de l'achèvement des opérations d'indemnisation des populations affectées dans l'arrondissement de Pouma, dans le département de la Sanaga-Maritime.

Cette avancée marque le démarrage effectif d'un chantier stratégique qui devrait transformer les échanges entre les deux principales métropoles du pays, tout en renforçant le rôle du Cameroun comme plateforme logistique en Afrique centrale.

Les travaux démarrent après la libération des emprises

Selon le ministère des Travaux publics (Mintp), le paiement des indemnisations aux riverains s'est achevé la veille du lancement officiel, permettant à l'entreprise chinoise China First Highway Engineering Corporation (CFHEC) d'engager les premières opérations sur le terrain.

Les équipes ont commencé le défrichement des emprises au point kilométrique 99+580, avec le déploiement de plusieurs engins lourds destinés à préparer la future plateforme autoroutière.

Le ministère précise que les responsables du projet poursuivent actuellement la mise au point du calendrier opérationnel des différentes phases du chantier.

L'équipe chargée du projet s’emploie notamment à « finaliser » le chronogramme de déploiement, conformément aux orientations fixées par les autorités.

En parallèle, les procédures de libération des autres emprises se poursuivent, tout comme la contractualisation de la mission de contrôle, indispensable pour assurer le suivi technique et la qualité des travaux.

Un investissement de plus de 1 000 milliards FCFA

La deuxième phase de cette infrastructure représente un investissement d'une ampleur exceptionnelle.

Le projet prévoit la réalisation de 141 kilomètres d'autoroute principale, auxquels s'ajouteront près de 40 kilomètres de bretelles de raccordement destinées à connecter les principales localités traversées.

Le coût global est estimé à 1 072 milliards FCFA TTC, soit environ 899,3 milliards FCFA hors taxes. Pour réunir cette enveloppe financière, les autorités camerounaises ont opté pour un montage associant des financements internationaux et une contribution nationale.

Les ressources proviendront notamment de prêts mobilisés auprès de la Standard Chartered Bank de Londres et de l'Exim Bank of China, tandis que l'État camerounais participera également au financement du projet.

Ce schéma financier vise à garantir la continuité des travaux tout en répartissant les risques entre les différents partenaires.

Tirer les leçons de la première phase

Le lancement de cette deuxième étape intervient avec une volonté affichée de ne pas reproduire les difficultés rencontrées lors de la première section de l'autoroute.

Mise en chantier en octobre 2014, la première phase, longue de 60 kilomètres, avait nécessité plus de huit années avant d'être achevée.

Son coût final avait atteint près de 350 milliards FCFA, contre un budget initial estimé à 284 milliards FCFA. Les retards avaient été largement attribués aux difficultés liées aux procédures d'expropriation et au paiement des indemnisations des populations concernées.

Pour éviter que ce scénario ne se répète, les autorités ont choisi d'anticiper la question foncière avant le démarrage effectif des travaux.

Une emprise prioritaire a ainsi été entièrement libérée afin de permettre à l'entreprise de commencer les opérations sans interruption majeure, tout en garantissant que les personnes affectées soient indemnisées avant toute intervention sur leurs terrains.

Cette approche traduit une volonté d'améliorer la gouvernance des grands projets publics et de limiter les surcoûts souvent provoqués par les blocages administratifs.

Un corridor stratégique pour l'économie nationale et régionale

Au-delà de son importance pour les déplacements entre Yaoundé et Douala, cette nouvelle autoroute constitue un investissement structurant pour l'économie camerounaise.

En reliant plus rapidement les deux principales villes du pays, elle devrait contribuer à réduire les délais de transport des marchandises, améliorer la circulation des personnes et diminuer les coûts logistiques supportés par les entreprises. L'infrastructure renforcera également les échanges avec plusieurs pays d'Afrique centrale.

Le corridor est appelé à jouer un rôle majeur dans le transit des flux commerciaux en direction de Brazzaville au Congo, de Bangui en République centrafricaine et de N'Djamena au Tchad, consolidant ainsi la position du Cameroun comme porte d'entrée économique de la sous-région.

Cette dimension régionale constitue l'un des principaux arguments économiques du projet, dans un contexte où l'amélioration des infrastructures de transport est considérée comme un levier essentiel de compétitivité.

Un projet déterminant pour la modernisation du Cameroun

La deuxième phase de l'autoroute Yaoundé-Douala dépasse le cadre d'un simple chantier routier. Elle s'inscrit dans une stratégie plus large visant à moderniser les infrastructures nationales, faciliter les investissements et accompagner la croissance économique.

Si le respect du calendrier, la maîtrise des coûts et la bonne coordination entre les différents acteurs seront déterminants pour son succès, le lancement effectif des travaux constitue déjà un signal important pour les investisseurs et les opérateurs économiques.

En tirant les enseignements des retards observés sur la première phase, les autorités espèrent désormais accélérer la réalisation de cette infrastructure emblématique, appelée à devenir l'un des principaux axes de circulation et de développement économique du Cameroun ainsi qu'un maillon essentiel des échanges en Afrique centrale.