Le Cameroun entend franchir une nouvelle étape dans sa stratégie d'industrialisation. Réunis à Yaoundé lors d'un atelier consacré à la compétitivité des zones industrielles, les pouvoirs publics, la Mission d'Aménagement et de Gestion des Zones Industrielles (MAGZI) et l'Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI) ont dévoilé les grandes orientations d'un programme destiné à renforcer l'attractivité du pays auprès des investisseurs et à mieux positionner les entreprises camerounaises sur le marché africain.

Organisée à l'hôtel Hilton sous la présidence du ministre des Mines, de l'Industrie et du Développement technologique par intérim, le Pr Fuh Calistus Gentry, cette rencontre s'inscrit dans la mise en œuvre de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), qui fait de l'industrialisation un levier majeur de transformation économique.

Des zones industrielles appelées à changer de dimension

Le thème de l'atelier résume l'ambition affichée : renforcer l'attractivité et la compétitivité des zones industrielles de la MAGZI grâce à l'accompagnement stratégique de l'ONUDI, tout en préparant les entreprises nationales à tirer profit des opportunités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

Derrière cette initiative se cache un enjeu majeur. Pour les autorités, les zones industrielles doivent évoluer afin d'offrir un environnement plus performant aux investisseurs, avec des infrastructures modernisées, une meilleure gouvernance et des mécanismes de financement adaptés aux besoins de l'industrie. Cette coopération entre le Cameroun et l'ONUDI remonte au 17 mai 2023.

Elle vise notamment à accompagner la modernisation de la MAGZI, renforcer ses capacités institutionnelles et mobiliser les ressources nécessaires à la réhabilitation des sites industriels existants ainsi qu'à la création de nouvelles plateformes industrielles.

Une enquête auprès de 200 entreprises pour identifier les priorités

Afin d'appuyer les futures décisions sur des données concrètes, la MAGZI et l'ONUDI ont conduit, entre novembre 2025 et février 2026, une vaste enquête économique auprès de 200 entreprises implantées dans différentes zones industrielles du pays.

Cette étude a permis d'établir un état des lieux du tissu industriel national, d'identifier les principaux obstacles rencontrés par les entreprises et de mettre en évidence les leviers susceptibles d'améliorer leur compétitivité.

Les conclusions serviront de base à une série de projets destinés à renforcer les performances des entreprises locales afin qu'elles puissent répondre aux exigences du vaste marché créé par la ZLECAf, qui représente plus de 1,3 milliard de consommateurs sur le continent africain.

Un programme articulé autour de plusieurs réformes

Les participants ont examiné plusieurs pistes destinées à transformer durablement les zones industrielles camerounaises. Parmi les priorités figure d'abord la validation des résultats de l'enquête économique afin de disposer d'un diagnostic partagé de la situation actuelle.

L'atelier prévoit également l'élaboration d'un ensemble de projets destinés à rapprocher les zones industrielles de la MAGZI des standards internationaux en matière d'aménagement, de services et de compétitivité.

Les discussions portent aussi sur la création d'un Fonds national de développement et de financement des zones industrielles.

Cette future structure aurait pour mission d'assurer des ressources durables à travers différentes sources de financement, notamment les recettes fiscales, les subventions publiques, les contributions des partenaires internationaux ainsi qu'une éventuelle ouverture du capital. Autre dossier stratégique : la sécurisation du foncier industriel.

Les autorités souhaitent mettre en place un cadre juridique permettant à la MAGZI de disposer d'une meilleure maîtrise des terrains destinés aux activités industrielles, un facteur souvent considéré comme déterminant pour attirer les investisseurs.

Enfin, l'atelier doit permettre de finaliser la feuille de route conduisant à la signature officielle d'un programme d'assistance technique entre l'ONUDI et la MAGZI.

Une stratégie alignée sur les ambitions industrielles du Cameroun

Dans son intervention, le ministre Fuh Calistus Gentry a rappelé que cette démarche s'inscrit pleinement dans la vision économique portée par les pouvoirs publics.

Il a réaffirmé « l'engagement constant de l'État du Cameroun sous l'impulsion du Chef de l'État, conformément à la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030, dans une dynamique de transformation structurelle de son économie au moyen de l'implémentation de sa politique d'import-substitution et de sa politique industrielle simplifiée axée sur le développement des chaînes de valeur de ses richesses naturelles ».

Au-delà de la modernisation des infrastructures, cette stratégie vise à accroître la transformation locale des matières premières, réduire la dépendance aux importations et développer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national.

Un pari sur l'intégration économique africaine

L'amélioration des zones industrielles constitue également un enjeu majeur dans la perspective de la ZLECAf. En rendant les sites industriels plus performants et plus attractifs, le gouvernement espère attirer de nouveaux investissements, stimuler la production manufacturière et renforcer la capacité des entreprises camerounaises à exporter vers les marchés africains.

Si les projets annoncés se concrétisent, ils pourraient contribuer à repositionner le Cameroun comme un pôle industriel régional capable de mieux valoriser ses ressources naturelles, d'accélérer la création d’emplois et de soutenir une croissance économique davantage portée par la transformation locale et les chaînes de valeur africaines.