Le gouvernement camerounais passe à l’offensive pour reprendre le contrôle de la filière aurifère. Face aux importantes différences constatées entre les quantités d’or produites, les volumes officiellement déclarés et les statistiques d’exportation, les autorités annoncent un renforcement des contrôles sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

Cette nouvelle stratégie vise à lutter contre les sous-déclarations de production, améliorer la traçabilité du métal précieux et accroître les recettes fiscales issues d’un secteur considéré comme stratégique pour la diversification de l’économie.

Présentée lors d’une conférence de presse conjointe animée par le ministre par intérim des Mines, de l’Industrie et du Développement technologique, Fuh Calistus Gentry, et le ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, cette réforme marque une nouvelle étape dans l’assainissement du secteur minier camerounais.

Les sous-déclarations dans le viseur des autorités

Pour le gouvernement, le principal défi ne réside pas uniquement dans les exportations clandestines, mais également dans la faiblesse des volumes officiellement déclarés par certains opérateurs.

Devant la presse, Fuh Calistus Gentry a déclaré : « Le principal problème ne réside pas préalablement dans une disparition de l’or appartenant à l’État, mais dans la sous-déclaration d’une partie de la production réalisée par certains opérateurs privés. »

Selon les autorités, cette pratique réduit considérablement les recettes publiques issues de l’exploitation aurifère. Les montants perçus au titre de l’impôt synthétique minier et des taxes à l’exportation seraient ainsi largement inférieurs au potentiel réel du secteur.

Pour inverser cette tendance, le gouvernement entend mettre en place des mécanismes de contrôle plus rigoureux à chaque étape de la production.

Une surveillance renforcée de la chaîne de production

Le plan présenté prévoit plusieurs mesures destinées à mieux encadrer les activités minières. Les contrôles seront intensifiés sur les sites d’exploitation afin de vérifier les volumes effectivement extraits.

Les autorités annoncent également l’instauration de seuils minimaux de livraison de l’or, destinés à limiter les écarts entre la production réelle et les quantités officiellement enregistrées.

Parallèlement, un dispositif de suivi plus strict sera mis en place pour contrôler les différentes phases de récupération et de traitement du minerai. L’objectif est de renforcer la traçabilité de l’or depuis son extraction jusqu’à son exportation, afin de limiter les risques de fraude.

Cette réforme s’inscrit dans la volonté des pouvoirs publics d’améliorer la gouvernance du secteur minier et de restaurer la confiance des investisseurs.

L’exploitation illégale également ciblée

Au-delà de la lutte contre les sous-déclarations, le gouvernement poursuit son opération d’assainissement des activités minières.

Selon Fuh Calistus Gentry, plus de 200 sociétés exerceraient actuellement des activités minières sans disposer d’un titre ou d’une autorisation régulière. Les autorités indiquent que 137 dossiers ont déjà été transmis aux juridictions compétentes en vue d’éventuelles poursuites.

Le ministère souhaite également mettre un terme à certaines pratiques jugées contraires à la réglementation, notamment l’utilisation de permis de recherche pour mener des activités d’exploitation commerciale.

Le ministre a rappelé que « un permis de réalisation de recherche est destiné aux travaux d’exploration visant à identifier et à évaluer un gisement », soulignant que ce type d’autorisation ne peut être utilisé pour produire et commercialiser des ressources minières.

Des chiffres qui interrogent

La décision des autorités intervient dans un contexte marqué par d’importantes incohérences statistiques.

Le rapport ITIE 2023 indique que la production officiellement déclarée au Cameroun s’est élevée à 953 kilogrammes d’or au cours de l’année. Pourtant, seulement 22,3 kilogrammes ont été enregistrés comme exportés par les services douaniers.

Dans le même temps, les données publiées par les principaux pays importateurs font apparaître 15,2 tonnes d’or provenant du Cameroun. Cet écart représente un volume près de 682 fois supérieur aux exportations officiellement déclarées.

Ces différences alimentent depuis plusieurs années les interrogations sur les circuits de commercialisation du métal précieux et sur les pertes fiscales qu’elles engendrent pour les finances publiques.

Des recettes considérables en jeu

Selon les estimations des autorités, les exportations illégales d’or, notamment vers les Émirats arabes unis, auraient privé le Cameroun d’environ 2 000 milliards de FCFA de recettes au cours des cinq dernières années.

Ce manque à gagner explique l’accélération des réformes engagées depuis l’adoption du nouveau Code minier en 2023, qui renforce les exigences en matière de transparence, de contrôle et de responsabilité des opérateurs.

Parallèlement à cette opération d’assainissement, le gouvernement confirme la poursuite de plusieurs projets industriels majeurs, notamment les exploitations de fer de Bipindi-Grand Zambi et de Kribi-Lobé.

Ces investissements s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à faire des ressources minières un moteur de croissance, d’industrialisation et de création de valeur. En renforçant les contrôles, en luttant contre les sous-déclarations et en améliorant la traçabilité de la production, le Cameroun cherche désormais à transformer son potentiel aurifère en un véritable levier de développement économique.

Le succès de cette réforme dépendra toutefois de sa mise en œuvre effective et de la capacité des autorités à réduire durablement la fraude qui fragilise depuis plusieurs années la gouvernance du secteur minier.