Après plus de quinze années de reports, de négociations infructueuses et de changements de partenaires, le projet de minerai de fer de Mbalam-Nabeba, situé à la frontière entre le Cameroun et le Congo, est enfin entré dans sa phase d'exploitation.

Si les opérations minières ont effectivement démarré, les premières exportations, annoncées pour le début de l'année 2026, n'ont toujours pas été officiellement confirmées.

Cette attente intervient alors qu'un contentieux international opposant le Cameroun à l'ancien détenteur du projet, l'australien Sundance Resources, reste en suspens.

Un projet longtemps bloqué enfin entré en production

Considéré comme l'un des plus importants gisements de fer d'Afrique, Mbalam-Nabeba renfermerait plus de 4 milliards de tonnes de minerai, avec une teneur pouvant atteindre 65 % de fer.

Découvert dans les années 1990 et exploré à partir de 2006, le site est longtemps resté au stade des promesses. Une nouvelle étape a toutefois été franchie fin 2023 avec le lancement des travaux d'exploitation sur le site camerounais.

L'usine de traitement a été achevée au dernier trimestre 2024, ouvrant la voie à une production industrielle. Selon Cameroon Mining Company (CMC), la première phase doit permettre d'atteindre 3,6 millions de tonnes de minerai par an, avant une montée en puissance à 10 millions de tonnes dès 2027.

Fin 2025, plus de 140 salariés travaillaient déjà sur le site, dont une grande partie issue des communautés locales. À cette période, Patrick Tchouwa, directeur de l'Administration et des Affaires publiques de CMC, affirmait que le projet « était entré dans sa phase irréversible d'exécution ».

Malgré cette avancée, les premières expéditions internationales, initialement annoncées pour le premier trimestre 2026, n'ont pas encore fait l'objet d'une communication officielle.

Un investissement colossal pour transformer l'Afrique centrale

Le tournant décisif est intervenu entre 2020 et 2022, lorsque les gouvernements camerounais et congolais ont retiré le développement du projet à Sundance Resources, estimant que l'entreprise n'avait pas réussi à mobiliser les financements nécessaires.

Le développement est désormais assuré par Bestway Finance Limited, un consortium basé à Hong Kong, appuyé par plusieurs partenaires industriels chinois.

L'investissement global est évalué à 10 milliards de dollars. Sur le territoire camerounais, Cameroon Mining Company détient le permis d'exploitation, tandis que Sangha Mining Development, également liée à Bestway Finance, pilote les opérations côté congolais.

Le projet bénéficie en outre de partenariats avec plusieurs groupes internationaux spécialisés dans la logistique, les infrastructures et le négoce de matières premières.

Le corridor ferroviaire, véritable colonne vertébrale du projet

La rentabilité de Mbalam-Nabeba dépend largement de la mise en service de ses infrastructures de transport. Un corridor ferroviaire de 659 kilomètres est en cours de réalisation afin de relier les gisements au port en eau profonde de Kribi.

Ce réseau comprend environ 540 kilomètres au Cameroun et 149 kilomètres au Congo. À Kribi, un terminal minéralier de grande capacité doit accompagner les exportations futures. À terme, cette infrastructure pourrait traiter jusqu'à 150 millions de tonnes de minerais par an.

Au-delà de l'activité minière, cette nouvelle desserte devrait faciliter le désenclavement de vastes zones de l'arrière-pays et renforcer l'intégration économique entre les deux pays.

Une bataille judiciaire toujours en cours

Malgré les progrès enregistrés sur le terrain, l'avenir du projet reste partiellement suspendu à une procédure d'arbitrage international. Sundance Resources accuse le Cameroun et le Congo de lui avoir retiré illégalement le développement du projet après plusieurs années d'études et d'investissements.

L'entreprise australienne réclame à l'État du Cameroun 3 401,6 milliards de FCFA, soit environ 5,5 milliards de dollars, au titre des dommages et intérêts. En janvier 2026, la Chambre de commerce internationale de Paris a rejeté les demandes de Sundance contre le Congo.

En revanche, la procédure visant le Cameroun se poursuit. Le verdict, initialement attendu au premier semestre 2026, a été repoussé à la fin de l'année après la production de nouveaux éléments par les autorités camerounaises.

Cette incertitude juridique demeure un facteur de vigilance pour les investisseurs impliqués dans le développement des infrastructures.

Un levier économique majeur, mais des défis persistants

Pour Yaoundé comme pour Brazzaville, Mbalam-Nabeba représente un projet stratégique. Les autorités estiment qu'il pourrait générer plus de 20 000 emplois directs et indirects, renforcer les recettes d'exportation et accélérer l'industrialisation de la région.

Le Cameroun envisage notamment de développer une filière sidérurgique nationale capable de transformer localement une partie du minerai extrait afin de créer davantage de valeur ajoutée. Cependant, plusieurs défis demeurent.

Le projet devra composer avec la concurrence de grands producteurs internationaux, notamment le complexe minier de Simandou en Guinée, mais aussi avec les exigences environnementales.

Les études préliminaires évoquent un impact potentiel sur plusieurs milliers d'hectares de forêt, tandis que certaines communautés locales, notamment les Baka, expriment leurs préoccupations concernant la préservation de leurs territoires.

CMC affirme vouloir privilégier l’emploi local, développer des programmes de reboisement et assurer une transformation partielle du minerai sur place.

La concrétisation de ces engagements constituera un indicateur déterminant de la capacité du projet à concilier performance économique, responsabilité sociale et protection de l'environnement.

Avec des investissements de plusieurs milliards de dollars en jeu, Mbalam-Nabeba pourrait devenir l'un des principaux moteurs de la transformation industrielle de l'Afrique centrale, à condition que les derniers obstacles juridiques et logistiques soient levés.