Fer de Mbalam : la CCI reporte son verdict contre le Cameroun
La Cour internationale d’arbitrage de la CCI reporte à fin 2026 son verdict dans le litige entre le Cameroun et Sundance Resources. En jeu : une réclamation de 3 401,6 milliards FCFA et l’avenir du projet de fer de Mbalam-Nabeba.
Le dossier judiciaire entourant le mégaprojet de fer de Mbalam-Nabeba connaît un nouveau rebondissement.
La Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale (CCI) de Paris a repoussé à la fin de l’année 2026 sa décision dans le différend opposant l’État du Cameroun à la société minière australienne Sundance Resources.
Initialement attendu fin 2025, puis au premier trimestre 2026, ce verdict est désormais reporté de plusieurs mois, prolongeant l’incertitude autour d’un projet minier stratégique pour le Cameroun et le Congo.
Selon des informations concordantes, ce nouveau calendrier serait lié à l’introduction de nouveaux éléments par la partie camerounaise dans une procédure ouverte depuis 2021.
L’enjeu dépasse le simple cadre juridique : le montant réclamé par Sundance se chiffre en milliards de dollars et pourrait avoir des conséquences importantes sur l’environnement des investissements miniers en Afrique centrale.
Une réclamation de plus de 3 400 milliards de FCFA
À l’origine du litige, Sundance Resources reproche aux gouvernements camerounais et congolais de lui avoir retiré le développement du projet Mbalam-Nabeba pour le confier à un consortium chinois.
Dans son mémoire déposé devant la CCI en 2022, la société australienne réclame au Cameroun 3 401,6 milliards de FCFA, soit environ 5,5 milliards de dollars au taux de change de l’époque.
L’entreprise estime avoir subi un important préjudice après avoir consacré plusieurs années aux études géologiques, aux travaux d’exploration et aux négociations destinées à lancer l’exploitation du gisement.
Ce montant est toutefois très éloigné de l’évaluation avancée par l’ancien ministre camerounais des Mines, Gabriel Dodo Ndocké.
Avant son décès, ce dernier estimait que les dépenses effectivement engagées par Sundance durant la phase d’exploration s’élevaient à près de 94 milliards de FCFA. Il avait même envisagé qu’un règlement correspondant à cette somme puisse mettre fin au différend.
Cette option n’a finalement pas été retenue, les autorités préférant laisser l’arbitrage suivre son cours devant la juridiction internationale.
Un précédent favorable pour Yaoundé
Le Cameroun aborde cette nouvelle étape avec un élément susceptible de conforter sa position. En janvier 2026, la CCI a rejeté les demandes introduites par Sundance Resources contre la République du Congo dans une procédure distincte portant sur le même projet transfrontalier.
Même si chaque dossier est examiné indépendamment, cette décision est interprétée par plusieurs observateurs comme un signal encourageant pour Yaoundé.
Elle pourrait renforcer les arguments du Cameroun dans une affaire où Sundance soutient avoir été écartée de manière irrégulière.
Les difficultés de Sundance au cœur du différend
Le contentieux trouve son origine dans les nombreux retards accumulés par Sundance Resources durant les années où l’entreprise détenait les droits de développement du projet.
Malgré plusieurs prorogations de son permis d’exploration accordées par les autorités camerounaises, la société australienne n’est jamais parvenue à réunir les partenaires techniques et financiers indispensables à la concrétisation de Mbalam-Nabeba.
Le projet nécessitait des investissements considérables, notamment pour construire un chemin de fer de plus de 500 kilomètres reliant Mbalam au port en eau profonde de Kribi, aménager un terminal minéralier spécialisé et développer les infrastructures de la mine.
Plusieurs négociations ont été engagées avec des groupes internationaux, parmi lesquels China Gezhouba, Tidfore Heavy Equipment Group Ltd et AustSino Resources Group. Toutes se sont finalement soldées par un échec, retardant à plusieurs reprises le lancement effectif de l’exploitation.
Le Cameroun change de stratégie
Face à ces blocages, le gouvernement camerounais a décidé en 2021 de confier le développement du projet à de nouveaux partenaires. Le groupe AustSino Resources Group Ltd et Bestway Finance ont ainsi été retenus pour relancer le projet.
Un accord portant sur les infrastructures ferroviaires a été signé à Yaoundé le 25 juin 2021, marquant un changement de cap dans la stratégie de développement du gisement.
Depuis le 17 août 2022, Cameroon Mining Company (CMC), société liée à Bestway Finance, détient officiellement le permis d’exploitation du gisement sur le territoire camerounais. Au Congo, la gestion du projet est assurée par Sangha Mining, autre filiale du même groupe.
Un projet stratégique pour l’économie régionale Mbalam-Nabeba figure parmi les plus importants projets miniers d’Afrique centrale.
Les études initiales prévoyaient une première phase de production pouvant atteindre 40 millions de tonnes de minerai de fer à enfournement direct par an pendant douze ans.
Une seconde phase devait prolonger l’exploitation de plus de quinze années grâce à la production d’un concentré d’itabirite hématite à haute teneur, renforçant ainsi le potentiel économique du projet.
Au-delà des enjeux judiciaires, le développement de Mbalam-Nabeba représente une priorité pour le Cameroun, qui ambitionne de faire du secteur minier un moteur de son industrialisation et de ses exportations.
Toutefois, tant que la procédure d’arbitrage ne sera pas définitivement close, une part d’incertitude continuera de planer sur l’un des investissements les plus stratégiques du pays.
Le verdict désormais attendu à la fin de 2026 sera donc scruté de près par les investisseurs, les autorités publiques et l’ensemble des acteurs de l’industrie minière africaine.



