Chaque année, les Camerounais vivant à l'étranger injectent des centaines de milliards de francs CFA dans l'économie nationale.

Longtemps destinés principalement au soutien des familles, ces transferts représentent désormais un potentiel de financement que les pouvoirs publics souhaitent mieux structurer afin de soutenir l'investissement productif.

C'est dans cette perspective que la Caisse des Dépôts et Consignations du Cameroun (CDEC) développe le projet DIASDEV, une initiative visant à concevoir un produit d'épargne réglementée destiné aussi bien aux membres de la diaspora qu'aux résidents nationaux.

L'ambition est de mobiliser une partie de cette épargne pour financer durablement le développement économique du pays.

Le projet a été présenté lors d'une conférence organisée à Yaoundé autour du thème « L'épargne nationale au service du financement de l'économie : rôle de la Caisse des Dépôts et Consignations », marquant la restitution de l'étude de faisabilité menée dans le cadre de DIASDEV.

Des transferts en hausse, mais largement consacrés aux besoins des familles

Les données citées par la CDEC, issues du rapport d'évaluation à mi-parcours de la Stratégie nationale de développement 2020-2030, montrent que les transferts financiers de la diaspora ont atteint 1,2 milliard de dollars en 2024, soit environ 652 milliards de FCFA, en progression de 8 % par rapport à l'année précédente.

Ces flux proviennent principalement de la France, des États-Unis et des pays de la CEMAC, confirmant le poids économique grandissant des Camerounais établis hors du territoire national.

Toutefois, cette enveloppe ne constitue pas une réserve directement mobilisable pour l'investissement.

Une part importante de ces ressources sert avant tout à couvrir les dépenses courantes des familles : alimentation, santé, scolarité, logement ou encore solidarité familiale.

L'objectif poursuivi par DIASDEV apparaît donc plus ciblé : convaincre les épargnants de consacrer volontairement une fraction de ces transferts à une épargne de long terme susceptible de financer des projets structurants.

Une diaspora nombreuse, mais difficile à cerner

La réussite d'un tel mécanisme dépend également de la connaissance du public concerné. Selon les chiffres de 2024 du ministère des Relations extérieures, repris par la CDEC, environ 500 000 Camerounais détenteurs d'un passeport résident officiellement à l'étranger.

En élargissant le périmètre aux descendants, aux binationaux et aux personnes d'origine camerounaise, cette population pourrait atteindre près de 6 millions d'individus, soit environ 20 % de la population totale.

Cette estimation devra néanmoins être affinée afin de mieux identifier les futurs bénéficiaires et les profils susceptibles d'adhérer à un produit d'épargne dédié.

La CDEC privilégie un rôle de coordination plutôt que de banque

Contrairement à un établissement bancaire classique, la CDEC ne prévoit pas de commercialiser directement ce futur produit auprès des particuliers.

Son intervention devrait se concentrer sur la définition du cadre réglementaire, la structuration du dispositif et la garantie de sa cohérence institutionnelle.

La collecte de l'épargne serait assurée par des banques et des institutions de microfinance partenaires, conformément aux exigences réglementaires fixées notamment par la Commission bancaire de l'Afrique centrale (COBAC).

Cette organisation permettrait d'éviter toute confusion entre les missions d'une caisse de dépôts et celles des établissements de crédit tout en s'appuyant sur des réseaux déjà implantés auprès des épargnants.

Trois modèles restent en compétition

À ce stade, aucun schéma définitif n'a encore été retenu. Les équipes du projet étudient actuellement trois options : un produit d'épargne bancaire de court terme, un dépôt à terme de longue durée ou encore une solution d'épargne financière adossée à des fonds d'investissement.

Les conclusions de l'étude devront préciser les garanties offertes aux épargnants, le niveau de rémunération, les modalités de retrait ainsi que les secteurs qui bénéficieront des ressources collectées.

Le projet bénéficie de l'accompagnement de l'Agence française de développement (AFD), d'Expertise France et du Forum des Caisses de Dépôt. L'étude technique a été confiée au cabinet Onepoint, avec l'appui de FICOM.

Plusieurs administrations et institutions financières, parmi lesquelles le ministère des Finances, le ministère de l'Économie, le ministère des Relations extérieures, la BEAC, l'Agence de promotion des investissements, la Société immobilière du Cameroun ainsi que des banques et établissements de microfinance, ont participé aux travaux.

La confiance, condition indispensable au succès

Au-delà des aspects techniques, le principal défi reste celui de la crédibilité du futur mécanisme. Les membres de la diaspora n'accepteront de placer une partie de leur épargne que si le dispositif garantit une sécurité juridique solide, une rémunération clairement définie, une gestion transparente des fonds, un suivi régulier des investissements et une parfaite traçabilité des ressources mobilisées.

L'enjeu dépasse ainsi la simple collecte de capitaux. Il s'agit de démontrer que des ressources privées, aujourd'hui dispersées et majoritairement orientées vers la consommation des ménages, peuvent devenir un levier durable de financement des infrastructures, de l'industrie, des PME et de l'innovation. Si ces conditions sont réunies, DIASDEV pourrait ouvrir une nouvelle étape dans la mobilisation de l'épargne nationale au service de l'économie productive.

À défaut, le projet risque de demeurer une étude prometteuse sans véritable traduction opérationnelle.