Sénégal : première croissance d'Afrique de l'Ouest en 2025
Grâce au démarrage de sa production pétrolière et gazière, le Sénégal a enregistré la plus forte croissance d'Afrique de l'Ouest en 2025 avec 7,9 %, selon la BIDC. Une performance qui masque toutefois des défis liés à la dette, aux déficits et à la dépendance aux hydrocarbures.
L'économie sénégalaise s'est imposée comme la plus dynamique d'Afrique de l'Ouest en 2025. Selon le dernier rapport de la Banque d'investissement et de développement de la CEDEAO (BIDC), le pays a enregistré une croissance de 7,9 %, contre 6,1 % un an auparavant, devenant ainsi le leader de la sous-région en matière de progression du produit intérieur brut.
Cette accélération est principalement liée au lancement de la production commerciale de pétrole et de gaz, qui ouvre un nouveau chapitre pour l'économie sénégalaise.
L'amélioration des performances agricoles a également contribué à soutenir cette dynamique, dans un contexte où plusieurs économies ouest-africaines ont fait preuve de résilience malgré un environnement international marqué par des tensions géopolitiques et des incertitudes économiques.
Les hydrocarbures changent la trajectoire économique du Sénégal
Le démarrage des projets pétroliers et gaziers constitue le principal moteur de cette forte croissance. L'entrée en production des nouveaux gisements a renforcé les exportations, stimulé les investissements et créé un effet d'entraînement sur plusieurs secteurs de l'économie.
Cette évolution permet au Sénégal de dépasser le Bénin, qui occupe la deuxième place avec une croissance de 7,5 %, identique à celle enregistrée en 2024.
Dans ce pays, la progression de l'activité repose sur un socle plus diversifié, porté par l'agriculture, l'agro-industrie, le bâtiment, les services ainsi que par la montée en puissance de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (GDIZ) et le redressement des activités portuaires.
Le Niger complète le trio de tête avec une croissance de 6,9 %. Bien qu'en retrait par rapport aux 10,3 % enregistrés l'année précédente, cette performance demeure soutenue par la hausse de la production de pétrole brut, l'augmentation des exportations et la bonne tenue du secteur agricole.
À l'inverse, le Nigeria, première économie du continent par sa taille, affiche la croissance la plus faible d'Afrique de l'Ouest avec 4 %.
Malgré une reprise de la production pétrolière, le développement des capacités nationales de raffinage et le dynamisme des services, l'économie nigériane progresse à un rythme inférieur à celui de ses voisins.
Une croissance exceptionnelle, mais appelée à ralentir
Pour la BIDC, les performances du Sénégal devraient toutefois revenir à un rythme plus modéré dès 2026.
L'institution prévoit une croissance de 4,1 % l'an prochain, avant un rebond à 5,7 % en 2027. Ce ralentissement est présenté comme un phénomène de normalisation après l'effet exceptionnel provoqué par le lancement des activités pétrolières et gazières.
La banque souligne également que le pays devra composer avec un contexte macroéconomique plus exigeant, marqué notamment par un niveau élevé d'endettement et une politique budgétaire plus restrictive.
Elle avertit que « des déficits budgétaires importants pourraient limiter les investissements publics et les dépenses sociales, avec des effets potentiels sur la croissance et le bien-être ».
La BIDC estime aussi que le Sénégal demeure exposé à plusieurs fragilités extérieures. « En outre, le pays demeure vulnérable à d'importants déficits du compte courant et à sa dépendance vis-à-vis des financements extérieurs, en raison de la persistance de la demande d'importations, notamment de biens d'équipement, malgré la hausse des exportations d'hydrocarbures », souligne l'institution.
À ces facteurs s'ajoutent les incertitudes liées aux revenus attendus du pétrole et du gaz, qui pourraient être affectés par d'éventuels retards de production ou par les fluctuations des prix internationaux.
Une Afrique de l'Ouest globalement résiliente
Au niveau régional, la BIDC observe une légère amélioration de la conjoncture économique. La croissance moyenne de l'Afrique de l'Ouest est passée de 4,7 % en 2024 à 4,8 % en 2025, grâce à un ralentissement de l'inflation et à une gestion macroéconomique jugée plus efficace.
Selon la Banque, « ces facteurs ont eux-mêmes été favorisés par la conjoncture favorable des prix des matières premières, l'augmentation des réserves, la stabilité des monnaies et l'amélioration de l'approvisionnement alimentaire ».
Dans le détail, la CEDEAO affiche une croissance de 4,7 %, tandis que l'UEMOA atteint 6,4 %, confirmant le dynamisme des économies utilisant le franc CFA d'Afrique de l'Ouest.
En revanche, la Zone monétaire de l'Afrique de l'Ouest plus le Cap-Vert (ZMAO+) reste stable à 4,3 %, alors que l'Alliance des États du Sahel (AES) enregistre un ralentissement à 5,5 %, contre 6,4 % un an auparavant.
Des perspectives favorables, mais sous surveillance
Pour les deux prochaines années, la BIDC anticipe une croissance régionale de 4,7 % en 2026, puis de 4,9 % en 2027.
La Guinée devrait devenir l'économie la plus dynamique de la sous-région dès 2026 avec une progression attendue de 8,7 %, portée notamment par le développement du gigantesque projet minier de Simandou.
Le Bénin et le Niger devraient également conserver des rythmes de croissance supérieurs à 6 %. Ces perspectives restent néanmoins soumises à plusieurs risques.
Les tensions géopolitiques au Moyen-Orient continuent d'alimenter la volatilité des prix de l'énergie et des produits alimentaires, tandis que l'insécurité persistante dans le Sahel et son extension vers certains pays côtiers pourraient peser sur l'activité économique.
Enfin, la BIDC se montre plus prudente que le Fonds monétaire international (FMI), qui prévoit une croissance moyenne de 5,3 % en 2026 et de 5,4 % en 2027 pour l'Afrique de l'Ouest.
Cette différence illustre les incertitudes qui entourent encore les perspectives économiques de la région, malgré des fondamentaux globalement orientés vers une reprise progressive.



