Écartée du marché européen depuis 2009 en raison de manquements aux normes sanitaires, la crevette camerounaise pourrait bientôt retrouver le chemin des rayons des importateurs européens.

Pour atteindre cet objectif, la filière mise désormais sur un vaste chantier de mise à niveau sanitaire, avec le Centre Pasteur du Cameroun au cœur du dispositif. Cette démarche est portée par le programme FISH4ACP, avec le soutien de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO).

L'ambition est claire : restaurer la crédibilité du système national de contrôle sanitaire afin de répondre aux exigences des marchés internationaux, notamment ceux de l'Union européenne et des États-Unis, aujourd'hui encore fermés aux exportations camerounaises de crevettes.

Au-delà de la conformité réglementaire, cette initiative vise à repositionner un secteur qui représente déjà une activité économique importante et qui pourrait retrouver une place stratégique dans les exportations agroalimentaires du Cameroun.

Un guide sanitaire pour transformer toute la chaîne de valeur

Le Centre Pasteur du Cameroun a été chargé d'élaborer un manuel technique recensant les conditions indispensables au respect des normes sanitaires internationales.

Ce document servira de référence pour l'ensemble des intervenants de la filière, depuis les pêcheurs jusqu'aux exportateurs, en passant par les opérations de conservation, de transport, de transformation et de conditionnement.

L'objectif est de renforcer les pratiques à chaque étape afin de limiter les risques biologiques, chimiques et physiques susceptibles d'affecter la qualité des produits.

En harmonisant les procédures avec les standards internationaux, les acteurs espèrent démontrer leur capacité à fournir des crevettes répondant aux critères imposés par les marchés les plus exigeants.

Une filière qui pèse déjà 26 milliards de FCFA

L'enjeu dépasse largement les seules questions sanitaires. Selon une étude réalisée en 2026 par FISH4ACP, en partenariat avec la coopération allemande, l'Union européenne et le Centre Pasteur du Cameroun, la filière crevettière génère une valeur ajoutée estimée à 47 millions de dollars, soit environ 26 milliards de FCFA.

Plus de 11 000 personnes tirent directement leurs revenus de cette activité, notamment les pêcheurs, mareyeurs, transformateurs et autres professionnels intervenant tout au long de la chaîne de production. À l'échelle nationale, le secteur rassemble plus de 4 000 pêcheurs, répartis sur près de 1 200 sites de débarquement, une centaine d'unités de transformation, plus de 200 opérateurs économiques et une dizaine d'entreprises exportatrices.

Ces chiffres illustrent le poids économique d'une filière dont le développement pourrait avoir des retombées significatives sur l’emploi et les recettes d'exportation.

La chaîne du froid reste le principal obstacle

Malgré ce potentiel, l'étude met en évidence des insuffisances structurelles qui pénalisent fortement la compétitivité de la crevette camerounaise.

Le diagnostic est particulièrement sévère concernant la chaîne du froid. Les enquêteurs indiquent que l'ensemble des sites étudiés présentent des ruptures dans les dispositifs de conservation.

Dans le détail, 88 % des pêcheurs déclarent manquer de glace, 89 % des unités de production enregistrent des pertes avant même le débarquement des captures, tandis que 75 % des transporteurs locaux ne disposent d'aucun équipement de conservation adapté. Ces défaillances entraînent une dégradation rapide de la qualité des produits.

Une décoloration a notamment été observée sur toutes les crevettes analysées sur les sites de débarquement.

Au total, ces insuffisances logistiques représenteraient près de 4 milliards de FCFA de pertes chaque année, réduisant considérablement les revenus de l'ensemble des acteurs de la filière.

Un potentiel reconnu malgré les difficultés

Ces contraintes ne remettent toutefois pas en cause les qualités intrinsèques de la crevette camerounaise.

L'étude souligne notamment les performances de la gamba locale, appréciée pour sa grande taille, sa qualité gustative et ses caractéristiques organoleptiques reconnues sur plusieurs marchés.

La production artisanale est estimée à environ 6 002 tonnes par an, un volume qui permet au Cameroun de conserver une présence importante sur les marchés national et régional. Aujourd'hui, près de 80 % de cette production est consommée localement.

Les quantités restantes sont exportées vers plusieurs destinations, notamment la Chine, la Malaisie, le Vietnam, le Nigeria, le Gabon, le Tchad et la République centrafricaine.

Reconquérir les marchés premium pour créer davantage de valeur

Un retour sur les marchés européen et américain constituerait une évolution majeure pour la filière. Au-delà de l'ouverture de nouveaux débouchés commerciaux, cette perspective offrirait surtout l'accès à des marchés où les produits de qualité bénéficient généralement d'une meilleure valorisation.

Pour le Cameroun, l'enjeu consiste donc à transformer une filière confrontée à d'importantes pertes post-capture en une industrie capable de répondre durablement aux standards internationaux.

La réussite de cette remise à niveau dépendra autant des investissements dans les infrastructures de conservation que du respect rigoureux des normes sanitaires tout au long de la chaîne de valeur.

Si ces conditions sont réunies, la crevette camerounaise pourrait retrouver sa place parmi les produits d'exportation à forte valeur ajoutée et renforcer la compétitivité du pays sur les marchés internationaux.