CIMFIG relance sa cimenterie de Figuil après la crise énergétique
Après deux semaines d'arrêt liées aux tensions sur le réseau électrique du Nord, la cimenterie CIMFIG de Figuil reprend sa production de 500 000 tonnes par an. Une relance qui devrait stabiliser les prix du ciment et sécuriser l’emploi dans le septentrion.
Après deux semaines de paralysie provoquées par les difficultés d'approvisionnement en électricité dans le nord du Cameroun, la cimenterie CIMFIG de Figuil a repris ses activités.
Ce redémarrage marque une étape importante pour l'industrie cimentière nationale, mais également pour les économies locales des régions septentrionales, durement affectées par la flambée des prix du ciment durant cette interruption.
Au-delà du retour progressif à la normale, cet épisode met en évidence un défi majeur pour l'industrialisation du Cameroun : la sécurisation de l'approvisionnement énergétique des grandes unités de production.
Une reprise attendue par tout le marché
Depuis le 13 juin 2026, les installations de CIMFIG, filiale de Cimencam appartenant au groupe Holcim, fonctionnent de nouveau après le rétablissement de leur alimentation électrique.
Le directeur de l'usine, Pierre Paul Mbarga, a confirmé que le site était à nouveau alimenté en énergie à l'issue des échanges menés entre les autorités camerounaises et les responsables du groupe Lafarge-Holcim.
Cette reprise intervient après une période particulièrement délicate au cours de laquelle plusieurs grands consommateurs industriels avaient été temporairement déconnectés du Réseau interconnecté Nord (RIN), afin d'éviter une dégradation plus importante de la stabilité du système électrique.
Une crise énergétique aux conséquences économiques immédiates
La fermeture temporaire de l'usine de Figuil n'a pas tardé à produire des effets sur le marché. Dans plusieurs villes des régions du Nord, de l'Adamaoua et de l'Extrême-Nord, les stocks se sont rapidement raréfiés, alimentant une forte hausse des prix.
À Garoua notamment, le sac de ciment s'est négocié jusqu'à 9 000 FCFA, un niveau largement supérieur aux tarifs habituellement observés sur le marché. Pour les entreprises de construction, les artisans et les particuliers engagés dans des chantiers, cette augmentation a entraîné une hausse des coûts et, dans certains cas, le ralentissement de plusieurs projets.
Le retour de la production devrait progressivement rééquilibrer l'offre disponible et favoriser une normalisation des prix dans l'ensemble des régions desservies par l'usine.
Une infrastructure stratégique pour le Cameroun
Mise officiellement en service en juin 2025, la cimenterie de Figuil représente un investissement supérieur à 50 milliards de FCFA.
Avec une capacité annuelle de 500 000 tonnes, cette unité industrielle joue un rôle déterminant dans l'approvisionnement des régions septentrionales, où la demande en matériaux de construction progresse sous l'effet des projets d'infrastructures, du développement urbain et des investissements privés.
Grâce à cette nouvelle usine, Cimencam a porté sa capacité totale de production à environ 2,3 millions de tonnes de ciment par an, consolidant ainsi sa position parmi les principaux producteurs du marché camerounais.
Cette progression intervient alors que le secteur connaît une transformation rapide. Selon les projections du ministère des Mines, de l'Industrie et du Développement technologique, les différents projets actuellement en développement pourraient porter la capacité nationale à près de 12,7 millions de tonnes par an dans les prochaines années.
Les limites d'un réseau électrique sous pression
L'arrêt temporaire de la cimenterie trouve son origine dans les difficultés rencontrées par le Réseau interconnecté Nord, qui dépend essentiellement du barrage hydroélectrique de Lagdo.
Selon les données de l'Agence de régulation du secteur de l'électricité (Arsel), cette infrastructure dispose d'une puissance installée de 72 MW.
Or, la baisse du niveau des eaux observées sur le bassin de la Bénoué a réduit la production disponible, limitant les capacités du réseau à satisfaire simultanément les besoins des ménages et des grands industriels.
Face à cette situation, les gestionnaires du réseau ont choisi de réduire temporairement la consommation des principaux sites industriels afin de préserver l'alimentation des autres usagers.
L'intervention des pouvoirs publics, à travers une concertation entre le ministre de l'Eau et de l'Énergie et une délégation du groupe Lafarge-Holcim, a finalement permis de rétablir progressivement l'alimentation électrique de l'usine.
Un enjeu industriel qui dépasse le seul secteur du ciment
L'importance de la cimenterie de Figuil ne se limite pas à sa capacité de production. Lors du lancement du projet, il avait été annoncé que cette unité générerait plus de 900 emplois directs et indirects, contribuant ainsi au développement économique du département du Mayo-Louti et, plus largement, des régions septentrionales.
Une interruption prolongée aurait donc pu fragiliser non seulement la chaîne d'approvisionnement en ciment, mais également de nombreuses activités économiques dépendantes de cette industrie.
Cet épisode rappelle surtout que la compétitivité des investissements industriels repose autant sur la qualité des infrastructures de production que sur la fiabilité de l'approvisionnement énergétique.
À mesure que le Cameroun poursuit son ambition d'accélérer son industrialisation, la sécurisation de l'électricité apparaît comme un facteur déterminant pour garantir la continuité des activités des entreprises et préserver leur compétitivité.
Le redémarrage de CIMFIG constitue ainsi une bonne nouvelle pour les acteurs du secteur de la construction. Il devrait contribuer à réduire progressivement les tensions sur les prix du ciment, à sécuriser des centaines d’emplois et à soutenir la dynamique des investissements dans le septentrion.
Plus largement, cette séquence rappelle que le succès des projets industriels dépend aussi de la capacité du pays à renforcer durablement la résilience de son système énergétique.



