Yvon Sana Bangui écarte toute dévaluation du franc CFA en 2026
Le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, affirme qu'aucune dévaluation du franc CFA n'est envisagée en 2026. Il défend la solidité des fondamentaux économiques de la Cemac et appelle à une lecture responsable des indicateurs macroéconomiques.
Alors que les spéculations autour de l'avenir du franc CFA continuent d'alimenter les débats économiques en Afrique centrale, le gouverneur de la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) a tenu à mettre un terme aux interrogations.
À l'occasion de la Finance Week 2026, organisée par Ecomatin, Yvon Sana Bangui a assuré qu'aucun projet de dévaluation de la monnaie commune de la Cemac n'était à l'étude, estimant que les indicateurs économiques actuels ne justifient nullement une telle décision.
Cette déclaration intervient dans un contexte où les rumeurs se multiplient sur les réseaux sociaux et dans certains cercles économiques, alimentées par les incertitudes de l'économie mondiale et les défis auxquels fait face la sous-région.
Une position sans ambiguïté de la Banque centrale
Invité à animer une master class sur le thème « Comprendre la conjoncture économique en zone Cemac : les défis et les perspectives », le gouverneur de la BEAC a choisi de commencer son intervention par une mise au point particulièrement attendue.
Face aux interrogations récurrentes sur une éventuelle modification de la parité du franc CFA, il s'est montré catégorique.
« Il n’y aura pas de dévaluation du Fcfa (…) Non ! La dévaluation n’a pas été à l’ordre du jour en 2024 ni en 2025, elle ne le sera pas non plus en 2026 », a déclaré Yvon Sana Bangui, mettant fin, selon lui, aux interprétations qui circulent depuis plusieurs mois.
Par cette prise de position, la Banque centrale cherche avant tout à préserver la confiance des ménages, des entreprises et des investisseurs, pour lesquels toute perspective de dévaluation peut entraîner des incertitudes sur les prix, l'épargne ou les investissements.
Des rumeurs jugées déconnectées des réalités économiques
Le gouverneur estime que les analyses annonçant une dévaluation reposent davantage sur des interprétations incomplètes que sur les données économiques disponibles. Selon lui, la BEAC fonde ses décisions sur des statistiques fiables et régulièrement contrôlées.
« Nous avons fait de la transparence une règle absolue », a-t-il rappelé, précisant que les informations relatives à la croissance, aux réserves de change ou encore à l'endettement des États membres sont « rigoureusement collectées, vérifiées et auditées », conformément aux standards internationaux.
Pour la Banque centrale, la diffusion d'informations non vérifiées sur la politique monétaire peut fragiliser inutilement la confiance dans le système financier régional.
C'est pourquoi Yvon Sana Bangui appelle les observateurs et les médias à traiter les questions monétaires avec davantage de rigueur afin d'éviter d'alimenter des inquiétudes injustifiées.
Une Cemac confrontée à un environnement mondial sous tension
Au-delà de cette mise au point, le gouverneur a dressé un état des lieux de la conjoncture économique dans la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (Cemac).
Il reconnaît que l'environnement international demeure marqué par plusieurs facteurs d'incertitude, notamment les tensions géopolitiques persistantes, un ralentissement de l'économie mondiale et une inflation encore élevée dans plusieurs régions du monde.
Malgré ce contexte peu favorable, la sous-région affiche, selon lui, une capacité de résistance relativement satisfaisante.
La croissance économique continue de progresser, tandis que le niveau d'endettement public reste contenu autour de 49,8 % du produit intérieur brut (PIB), un ratio inférieur au plafond fixé par les règles communautaires.
En revanche, la détérioration du déficit du compte courant demeure un point de vigilance, principalement en raison de l'augmentation des importations.
Un système bancaire dynamique mais encore déséquilibré
Le gouverneur de la BEAC a également évoqué la situation du secteur bancaire dans la sous-région. Les indicateurs montrent une progression des dépôts bancaires ainsi qu'une augmentation du volume des crédits accordés à l'économie, signe d'une activité financière relativement soutenue. Toutefois, cette dynamique masque certaines fragilités structurelles.
Yvon Sana Bangui relève notamment une concentration importante des financements au profit des administrations publiques, ce qui limite les ressources disponibles pour le financement du secteur privé, pourtant indispensable à la diversification économique de la Cemac.
Cette situation souligne, selon lui, la nécessité de poursuivre les réformes destinées à améliorer l'accès des entreprises au crédit.
Les réformes restent indispensables
Si la Banque centrale se montre rassurante sur la stabilité du franc CFA, elle estime néanmoins que plusieurs défis économiques doivent encore être relevés.
Parmi les priorités figurent la consolidation des finances publiques, l'accélération des réformes économiques, le respect des critères de convergence communautaires ainsi que le renforcement de la discipline budgétaire au sein des États membres.
Le gouverneur invite également les opérateurs économiques à investir davantage dans les secteurs productifs susceptibles de soutenir la croissance et à respecter les règles relatives au rapatriement des recettes d'exportation, un élément essentiel pour consolider les réserves de change de la sous-région.
En conclusion, Yvon Sana Bangui a réaffirmé l'engagement de la BEAC à poursuivre une politique monétaire orientée vers la stabilité financière et monétaire. Pour l'institution, cette stratégie demeure le meilleur moyen de préserver la crédibilité de la Cemac, de maintenir la confiance des investisseurs et de soutenir une croissance durable.
À ce stade, le message est clair : la Banque centrale ne voit aucune raison économique de recourir à une dévaluation du franc CFA et entend continuer à défendre la stabilité de la monnaie commune face aux incertitudes régionales et internationales.



