Les entreprises dans lesquelles l'État camerounais détient des participations continuent de représenter un patrimoine financier considérable. Pourtant, leur contribution effective aux finances publiques demeure limitée.

C'est le principal constat dressé par la Chambre des comptes de la Cour suprême dans un rapport transmis au Parlement en juin 2026, qui examine la performance financière du portefeuille public à travers un audit consacré notamment à la Société camerounaise d'aluminium (Alucam).

L'analyse met en évidence un contraste saisissant entre l'importance des capitaux immobilisés par l'État et les revenus effectivement encaissés sous forme de dividendes.

Cette situation relance le débat sur l'efficacité économique des investissements publics, la gouvernance des entreprises concernées et la définition des objectifs assignés aux participations de l'État.

Un portefeuille de près de 2 000 milliards de FCFA pour des dividendes limités

Selon les données présentées par la Chambre des comptes, les participations directes de l'État dans les entreprises camerounaises représentent une valeur estimée à 1 926,2 milliards de FCFA.

Ce portefeuille comprend 38 entreprises contrôlées, totalisant 1 534,58 milliards de FCFA, ainsi que 12 entreprises non contrôlées, dont la valeur des participations atteint 391,64 milliards de FCFA.

Malgré cette présence financière importante, les recettes tirées des dividendes restent modestes. En 2024, l'État n'a perçu que 55,85 milliards de FCFA, un montant qui traduit, selon les calculs de la juridiction financière, un rendement de seulement 2,92 %.

Le rapport souligne d'ailleurs la faible contribution de la majorité des entreprises concernées. « L’on observe que sur 49 entreprises recensées, seulement 9 ont versé des dividendes à l’État en 2024 », précise la Chambre des comptes.

La SNH et la BEAC concentrent l'essentiel des recettes

L'examen des versements révèle une très forte concentration des dividendes sur quelques acteurs majeurs. À elles seules, la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et la Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) ont généré 41,43 milliards de FCFA, soit près des trois quarts des dividendes encaissés par l'État durant l'exercice 2024.

Dans le détail, la SNH a distribué 20,875 milliards de FCFA, tandis que la participation détenue par le Cameroun au sein de la BEAC a rapporté 20,551 milliards de FCFA.

Derrière ces deux principaux contributeurs figurent la SCB avec 5,201 milliards de FCFA, la SGC (3,829 milliards), Socapalm (2,221 milliards), DPDC (1,407 milliard), BGFI (1,383 milliard), Africa Re (194,47 millions) ainsi que ADC (189,27 millions de FCFA).

Cette forte dépendance à un nombre très limité d'entreprises alimente les interrogations sur la capacité du portefeuille public à produire des revenus réguliers et diversifiés.

Une rentabilité jugée insuffisante Au regard des performances observées, la Chambre des comptes formule un constat particulièrement critique.

« Il apparait que sur le plan financier, les prises de participations de l’État au capital des entreprises est très peu rentable », affirme le rapport.

Pour illustrer cette conclusion, la juridiction compare le rendement obtenu à celui qu'aurait procuré un placement financier classique.

Selon ses estimations, si les 1 911,35 milliards de FCFA mobilisés avaient été investis sur les marchés financiers à un taux moyen de 6,5 %, les revenus auraient pu avoisiner 150 milliards de FCFA, soit près de trois fois les dividendes effectivement encaissés.

Cette comparaison vise à mesurer la performance purement financière du portefeuille public, sans toutefois remettre en cause le rôle économique de certaines participations.

Des objectifs qui dépassent la seule logique de profit

Le rapport rappelle néanmoins que toutes les participations publiques ne poursuivent pas un objectif de rentabilité immédiate.

Certaines répondent à des impératifs de souveraineté économique, de développement industriel, d'aménagement du territoire ou encore de maintien des services publics essentiels.

D'autres permettent à l'État de conserver une influence dans des secteurs stratégiques ou de soutenir l’emploi. Autrement dit, la rentabilité financière ne constitue pas l'unique critère d'évaluation de ces investissements.

Toutefois, l'écart entre les capitaux engagés et les dividendes perçus reste suffisamment important pour nourrir le débat sur l'efficacité globale de cette politique d'investissement.

Le cas particulier de la SNI interroge les magistrats financiers

La Chambre des comptes attire également l'attention sur les participations détenues indirectement par l'intermédiaire de la Société nationale d'investissement (SNI). Selon le rapport, la SNI gère environ 36,5 milliards de FCFA de participations réparties dans 38 entreprises.

Une quinzaine d'entre elles versent régulièrement des dividendes, mais ces revenus sont enregistrés au profit de la société d'investissement et ne sont pas reversés directement au budget de l'État.

Les magistrats relèvent en outre que la SNI ne distribue plus de dividendes à son actionnaire public depuis plus d'une décennie, malgré un report à nouveau créditeur estimé à 9,7 milliards de FCFA.

Le rapport s'interroge ainsi ouvertement : « Que gagne l’État en tant qu’actionnaire de la SNI ? » La juridiction explique cette situation par des relations financières particulières entre l'État et son véhicule d'investissement.

Les prestations d'assistance technique réalisées par la SNI au bénéfice de l'administration ne seraient ni rémunérées ni comptabilisées comme des créances. Selon la Chambre des comptes, la société mobilise ainsi ses propres ressources pour financer certaines dépenses publiques sans compensation financière.

« Cette attitude de l’État actionnaire ne favorise pas la performance financière de cette entreprise publique », conclut le rapport.

Au-delà des chiffres, cette analyse met en lumière un enjeu majeur de gouvernance : clarifier les objectifs des participations publiques, distinguer les investissements stratégiques des placements à vocation financière et renforcer le suivi de leur performance afin d'améliorer durablement la contribution du portefeuille de l'État aux finances publiques.