Le Cameroun s'apprête à franchir une nouvelle étape dans la valorisation de son cacao. À Obala, dans le département de la Lékié, les premières tablettes de chocolat entièrement fabriquées à partir de fèves camerounaises seront commercialisées dans moins de trois semaines.

Cette annonce marque l'entrée en production d'un projet industriel qui ambitionne de repositionner le pays non plus seulement comme exportateur de matières premières, mais comme acteur de la transformation à forte valeur ajoutée.

Présentée au ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, par l'industriel français Olivier Bordais, président de la société SAS MANTA et promoteur de la chocolaterie Chocolat Rouge, cette avancée illustre les ambitions du Cameroun en matière d'import-substitution, d'industrialisation et de montée en gamme de sa filière cacao.

Une usine qui transforme enfin le cacao camerounais sur place

Lancé en juin 2024, le projet de chocolaterie d'Obala arrive aujourd'hui à une phase décisive. Les lignes de production sont prêtes à mettre sur le marché leurs premières tablettes, conçues exclusivement à partir de cacao cultivé au Cameroun. L'objectif dépasse largement la fabrication de chocolat.

Il s'agit de démontrer que le pays est capable de produire localement des produits finis répondant aux standards internationaux de qualité, tout en captant une part beaucoup plus importante de la richesse générée par l'une de ses principales cultures d'exportation.

Cette stratégie s'inscrit pleinement dans la politique nationale visant à transformer davantage de matières premières avant leur exportation, afin de créer des emplois industriels, d'accroître les revenus des producteurs et de réduire la dépendance aux importations de produits transformés.

Le capital humain camerounais salué par l'investisseur

Au cours de son entretien avec le ministre du Commerce, Olivier Bordais a tenu à mettre en avant un facteur qu'il considère comme déterminant dans la réussite du projet : la qualité des ressources humaines recrutées localement.

L'entrepreneur français s'est montré particulièrement élogieux envers les équipes camerounaises qui participent au fonctionnement de l'usine.

« Les Camerounais que j'ai recrutés sont extrêmement compétents et ont un très bon niveau. C'est juste extraordinaire », a-t-il déclaré. Cette reconnaissance souligne le potentiel de la main-d'œuvre nationale dans des secteurs industriels exigeant des compétences techniques de plus en plus élevées.

Elle renforce également l'idée que le développement de la transformation locale peut s'appuyer sur des talents déjà disponibles au Cameroun.

Le marché chinois, nouvelle opportunité pour le chocolat camerounais

Au-delà du lancement commercial, les discussions ont également porté sur les perspectives d'exportation offertes par les récentes évolutions des relations commerciales entre le Cameroun et la Chine.

Depuis le 1er mai 2026, les produits originaires du Cameroun bénéficient d'un tarif douanier nul sur le marché chinois. Cette mesure ouvre de nouvelles perspectives pour les entreprises camerounaises souhaitant exporter des produits à forte valeur ajoutée.

Pour Olivier Bordais, cette évolution arrive à un moment stratégique. Alors que les exigences réglementaires européennes deviennent de plus en plus strictes en matière de certification, de traçabilité et de conformité des produits alimentaires, le marché chinois apparaît comme une destination particulièrement prometteuse pour les chocolats premium.

La demande croissante de produits haut de gamme en Chine pourrait offrir au chocolat fabriqué à Obala un débouché commercial capable d'accompagner le développement de cette nouvelle industrie.

Les défis de la compétitivité restent entiers

Malgré ces perspectives encourageantes, plusieurs contraintes continuent de peser sur les coûts de production.

L'investisseur a notamment attiré l'attention sur les interruptions répétées de l'alimentation électrique, qui compliquent le fonctionnement des équipements industriels.

Ces coupures entraînent des ralentissements de la production, augmentent les charges d'exploitation et rendent plus difficile la planification des activités de l'usine.

Pour une industrie agroalimentaire qui vise les standards internationaux, la stabilité énergétique demeure un facteur essentiel de compétitivité.

La capacité du Cameroun à améliorer durablement son offre énergétique constituera donc un élément déterminant pour attirer d'autres investisseurs dans la transformation industrielle.

Une dynamique en phase avec les ambitions de la ZLECAF

L'arrivée des premiers chocolats produits à Obala intervient également dans un contexte marqué par la montée en puissance de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF).

Cette intégration progressive des marchés africains offre aux industriels camerounais l'opportunité d'élargir leur clientèle bien au-delà des frontières nationales.

En produisant localement un chocolat premium, le Cameroun peut désormais envisager de conquérir aussi bien les marchés régionaux que les grandes destinations internationales, tout en renforçant sa présence sur les segments à forte valeur ajoutée.

Cette orientation est également cohérente avec les initiatives récemment annoncées par plusieurs grands producteurs africains de cacao, dont le Cameroun, la Côte d'Ivoire, le Ghana et le Nigeria, qui souhaitent développer davantage la transformation locale afin de mieux maîtriser la chaîne de valeur mondiale.

Un symbole de l'industrialisation du cacao camerounais

L'entrée imminente sur le marché des premiers chocolats Made in Obala dépasse la simple ouverture d'une nouvelle usine.

Elle symbolise une évolution profonde du modèle économique que cherche à promouvoir le Cameroun : produire moins de matières premières brutes et davantage de produits finis capables de générer des revenus, des emplois et une plus grande valeur ajoutée.

Si les défis liés à l'énergie, à la logistique et à la compétitivité industrielle sont progressivement relevés, la chocolaterie Chocolat Rouge pourrait devenir une référence dans la transformation du cacao camerounais.

Son développement constituerait alors un signal fort pour l'ensemble de la filière, démontrant que le cacao produit au Cameroun peut désormais être transformé localement en chocolats premium destinés aussi bien aux consommateurs africains qu'aux marchés internationaux les plus exigeants.