Dans le Haut-Nyong, une petite commune vient peut-être de trouver la formule que beaucoup de mairies camerounaises cherchent en vain : transformer un exécutif municipal en véritable moteur économique.

À Doumaintang, région de l'Est, le maire a lancé un projet de culture du gingembre sur dix hectares, avec l'ambition assumée de faire de sa commune un pôle agricole de référence plutôt qu'un simple guichet administratif.

Un pari agricole porté par l'exécutif local L'initiative, pilotée directement par le magistrat municipal, part d'un constat simple : la mairie occupe une position centrale dans la dynamique locale, et cette position peut — et doit, selon ses initiateurs — servir de levier pour améliorer concrètement les conditions de vie des habitants.

Plutôt que de se cantonner à la gestion administrative courante, la commune choisit d'investir le champ agricole, avec le gingembre comme culture pilote. Pour donner de l'ampleur au projet, Doumaintang s'est associée à l'Institut de recherche agricole pour le développement (IRAD).

Ensemble, ils travaillent à la mise en place d'une banque de semences destinée à couvrir l'ensemble de la région de l'Est. L'objectif affiché ne manque pas d'ambition : faire de cette zone le tout premier grand bassin de production de gingembre du pays.

Une filière portée par une demande mondiale en plein essor

Le timing n'a rien d'un hasard. Le marché camerounais du gingembre traverse actuellement une flambée des prix, portée par une demande extérieure qui ne faiblit pas.

Le Nigeria reste le principal débouché du gingembre camerounais, rejoint par le Gabon, mais c'est surtout l'irruption d'un nouvel acteur qui change la donne : la Chine.

Le géant asiatique, déjà gros importateur, est allé jusqu'à développer ses propres plantations de gingembre dans l'Adamaoua, signe que la ressource attire désormais des investisseurs bien au-delà des frontières régionales habituelles.

Dans ce contexte, une commune capable de structurer une offre locale fiable, via une banque de semences et une production organisée sur plusieurs hectares, se positionne idéalement pour capter une part de cette demande, plutôt que de laisser filer la valeur ajoutée vers d'autres bassins de production.

Un plaidoyer pour des mairies plus actrices du développement

Le projet de Doumaintang sert aussi de démonstration, selon le journaliste économique Albin Njilo, qui y voit un modèle à opposer à l'inertie de certaines municipalités. Il estime que rappeler aux mairies leur rôle moteur dans le développement local ne revient pas à leur faire un procès, mais plutôt à les aider à sortir de leur torpeur.

Le journaliste cite en exemple des communes comme Bayangam et Baham, où certains édiles considèrent, selon lui, que l'action économique ne relève pas de leurs prérogatives.

Une position qu'il juge difficilement défendable, en particulier pour une localité comme Bayangam, qui englobe le groupement de Batoufam.

Batoufam, un potentiel inexploité malgré son poids national

Le cas de Batoufam illustre bien le paradoxe pointé par Albin Njilo. Ce groupement de plus de 15 000 habitants figure parmi les plus importants bastions camerounais de production de noix de kola, une filière qui hisse le pays au rang de troisième producteur mondial, avec près de 15 % des parts de marché à l'échelle planétaire.

Un poids économique considérable, mais qui reste largement sous-valorisé localement, faute d'organisation. À Batoufam, ni coopérative de producteurs ni centrale d'achat ne structurent la filière.

Résultat : les récoltes sont vendues directement à des grossistes, qui captent l'essentiel de la valeur ajoutée, pendant que les producteurs se contentent des marges les plus faibles de la chaîne.

Un scénario qu'un journaliste de Construire Ensemble rapproche directement de l'absence d'implication des autorités communales dans la structuration économique de leur territoire.

Le gingembre comme signal d'une autre méthode

En misant sur le gingembre plutôt que sur l'attentisme, Doumaintang envoie un signal clair aux autres communes du pays : l'agriculture de rente, quand elle est structurée dès la base — semences, partenariats techniques, ambition régionale — peut devenir un véritable levier de développement territorial.

Reste à voir si cette méthode, saluée par les observateurs économiques, saura essaimer au-delà du Haut-Nyong, y compris dans des bastions agricoles comme Batoufam, où le potentiel semble aujourd'hui bien plus grand que ce qu'il rapporte réellement aux producteurs.