Diaspora : l’épargne, nouvel atout pour financer l’économie camerounaise
Avec près de 652 milliards FCFA transférés en 2024, l’épargne de la diaspora pourrait devenir un puissant levier de financement de l’économie camerounaise. The Okwelians plaide pour une mobilisation durable au service des infrastructures, de l’industrie et de l’innovation.
L’épargne des Camerounais vivant à l’étranger pourrait devenir l’un des principaux moteurs du développement économique national.
Alors que les transferts de fonds de la diaspora atteignent des niveaux records, plusieurs acteurs estiment qu’une partie de ces ressources devrait désormais être orientée vers des investissements productifs capables de soutenir durablement la croissance.
C’est le message porté par le think do tank The Okwelians, qui voit dans cette épargne un levier stratégique pour financer les infrastructures, stimuler l’entrepreneuriat, accélérer l’industrialisation et encourager l’innovation.
Cette réflexion a été mise en avant le 7 juillet 2026 à Yaoundé, lors du lancement officiel du projet Diaspora et Développement (Diasdev), une initiative conduite par la Caisse des dépôts et consignations du Cameroun (CDEC) avec l’appui de l’Agence française de développement (AFD).
Une épargne qui dépasse désormais le simple soutien aux familles
Depuis plusieurs années, les transferts financiers de la diaspora constituent une source essentielle de revenus pour de nombreux ménages camerounais.
Ils permettent de financer les dépenses de santé, l’éducation, le logement ou encore les besoins quotidiens de nombreuses familles. Mais pour The Okwelians, cette fonction sociale, bien qu’indispensable, ne doit plus être la seule finalité de ces ressources.
Le think do tank estime qu’une partie de cette épargne pourrait contribuer à transformer durablement l’économie nationale en soutenant des investissements créateurs de richesse.
Les chiffres illustrent l’ampleur du potentiel. En 2024, les Camerounais établis à l’étranger ont transféré près de 1,2 milliard de dollars américains vers leur pays d’origine, soit environ 652 milliards de FCFA.
Un volume financier qui rivalise avec certaines sources traditionnelles de financement du développement.
Transformer les transferts en investissements productifs
Pour les promoteurs du projet Diasdev, l’enjeu consiste désormais à canaliser une partie de cette épargne vers des secteurs capables de générer une valeur économique durable.
Les investissements pourraient ainsi contribuer au financement des infrastructures, accompagner le développement des petites et moyennes entreprises, soutenir les projets industriels ou encore favoriser l’émergence d’initiatives innovantes dans différents secteurs de l’économie.
Selon The Okwelians, cette stratégie offrirait au Cameroun une opportunité de diversifier ses sources de financement et de réduire progressivement sa dépendance aux emprunts extérieurs, souvent plus coûteux et assortis de conditions financières contraignantes.
Une mobilisation efficace de l’épargne nationale et de celle de la diaspora renforcerait également la capacité du pays à financer ses priorités de développement avec des ressources internes plus stables.
La confiance, condition indispensable au succès
Pour autant, mobiliser cette épargne ne se résume pas à créer de nouveaux produits financiers. Le véritable défi est ailleurs.
Le think do tank insiste sur le fait que les investisseurs, qu’ils résident au Cameroun ou à l’étranger, attendent avant tout des garanties sur la gestion des fonds qui leur seront confiés.
La réussite d'une telle stratégie dépendra donc de la capacité des institutions à instaurer une gouvernance rigoureuse, à garantir une transparence totale dans l'utilisation des ressources et à sélectionner des projets présentant un impact économique et social mesurable.
Pour The Okwelians, l’objectif est de créer un environnement suffisamment crédible pour convaincre les épargnants que leurs investissements contribueront réellement au développement du pays.
Construire un nouveau pacte entre le Cameroun et sa diaspora
Au-delà des aspects financiers, les promoteurs de cette démarche estiment que la question est avant tout celle de la confiance.
Selon The Okwelians, il ne s'agit pas uniquement de rechercher de nouveaux capitaux, mais de bâtir une relation durable entre les institutions publiques, les citoyens et les Camerounais établis à l'étranger.
Le think do tank résume cette ambition en affirmant : « L’enjeu dépasse la seule question du financement. Il s’agit de construire un nouveau pacte de confiance entre le Cameroun et sa diaspora, mais aussi entre les institutions et l’ensemble des citoyens, afin que l’épargne nationale devienne un véritable moteur de la transformation durable du pays. »
L'organisation estime également que le principal obstacle n'est pas le manque de volonté des Camerounais d'investir dans leur pays, mais plutôt la nécessité de réunir les conditions de crédibilité, de performance et de bonne gouvernance susceptibles de transformer cette volonté en investissements pérennes.
Diasdev, un projet pour mobiliser une épargne de long terme
Le projet Diaspora et Développement (Diasdev) s'inscrit précisément dans cette logique. Soutenu par l'Agence française de développement (AFD), il étudie la mise en place d'un produit d'épargne réglementé destiné aussi bien aux Camerounais de la diaspora qu'aux résidents.
L'objectif est de constituer une épargne longue, sécurisée et orientée vers le financement de projets stratégiques pour l'économie nationale.
À travers cette initiative, la CDEC souhaite créer un mécanisme capable de transformer une partie des ressources actuellement destinées à la consommation en investissements de long terme, tout en offrant un cadre fiable aux épargnants.
Si cette ambition se concrétise, le Cameroun pourrait disposer d'un nouvel outil de financement reposant sur la confiance de ses citoyens plutôt que sur un recours accru à l'endettement extérieur.
Une évolution qui renforcerait la résilience financière du pays et donnerait à la diaspora un rôle encore plus déterminant dans la transformation économique nationale.



