8,9 milliards FCFA pour une agriculture durable au Cameroun
Depuis 2020, près de 8,9 milliards FCFA ont été investis dans trois grands bassins agricoles du Cameroun pour renforcer la certification, la traçabilité et la durabilité des filières cacao et café face aux nouvelles exigences des marchés internationaux.
Face au durcissement des exigences environnementales imposées par les principaux marchés d'exportation, le Cameroun accélère la transformation de son agriculture.
Depuis 2020, 15,5 millions de dollars, soit environ 8,9 milliards FCFA, ont été investis dans trois grands bassins de production afin d'améliorer la durabilité des exploitations agricoles, renforcer la traçabilité des productions et préserver l'accès aux marchés internationaux.
Selon le bilan des cinq dernières années publié par Rainforest Alliance, ces investissements concernent les paysages du Grand Mbam, du Dja et des Hautes Terres de l'Ouest.
À travers ces programmes, près d'un million d'hectares ont bénéficié d'actions de restauration, de gouvernance environnementale et de certification, tandis qu'environ 120 000 personnes ont été directement ou indirectement accompagnées.
Au-delà de la protection des ressources naturelles, l'objectif est désormais économique : permettre aux producteurs camerounais de continuer à exporter leur cacao, leur café et d'autres cultures vers des marchés où la conformité environnementale devient une condition incontournable.
La certification devient un passeport pour l'exportation
Le contexte international évolue rapidement. Avec l'entrée en vigueur progressive du Règlement de l'Union européenne sur la déforestation (RDUE), les entreprises devront démontrer que les produits commercialisés sur le marché européen, notamment le cacao et le café, ne proviennent pas de parcelles déboisées après le 31 décembre 2020.
Dans ce nouveau cadre réglementaire, les certifications dépassent leur simple rôle de label de qualité. Elles deviennent un véritable outil d'accès au marché pour les producteurs, les coopératives et les exportateurs.
Conscientes de cet enjeu, plusieurs grandes entreprises actives dans l'achat de cacao investissent désormais dans l'accompagnement technique des planteurs afin de garantir le respect des normes internationales en matière de traçabilité, de protection de l'environnement et de pratiques agricoles responsables.
Les organismes spécialisés, à l'image de Rainforest Alliance, interviennent ensuite pour évaluer les exploitations et délivrer les certifications attestant du respect des standards environnementaux, sociaux et agricoles.
Le Grand Mbam, laboratoire de la filière cacao durable
Parmi les trois bassins concernés, le Grand Mbam occupe une place particulière. Présenté par Rainforest Alliance comme « un territoire stratégique pour l’avenir de la filière cacao camerounaise », ce bassin a bénéficié de plus de 5,2 millions de dollars, soit près de 3 milliards FCFA, consacrés au renforcement des capacités des producteurs, à l'amélioration de la gouvernance locale et à la mise en place de chaînes d'approvisionnement exemptes de déforestation.
L'organisation indique avoir accompagné « les producteurs, les coopératives, les communautés et les entreprises dans la construction de chaînes d’approvisionnement plus responsables ». Les résultats affichés illustrent cette dynamique.
Environ 65 000 producteurs répartis dans 25 coopératives et plus de 120 villages ont été intégrés au programme. La région compte aujourd'hui 21 certificats actifs, avec l'implication de cinq grandes entreprises de la filière cacao.
Les investissements ont également permis de renforcer les systèmes de surveillance de la déforestation et d'associer davantage les communautés locales à la gestion durable des ressources forestières.
Dja et Hautes Terres : restaurer les paysages et relancer la production
Les autres zones bénéficiaires poursuivent des objectifs complémentaires. Dans les Hautes Terres de l'Ouest, où la pomme de terre constitue une culture majeure, 4,6 millions de dollars ont été mobilisés pour restaurer les paysages dégradés, améliorer la gouvernance territoriale et renforcer les moyens de subsistance des populations rurales.
Au total, 251 hectares ont été restaurés afin de préserver les écosystèmes de montagne et les bassins versants. Les programmes ont également permis la production et la mise en terre de plus de 114 000 plants, destinés à soutenir les actions d'agroforesterie et de restauration écologique.
Dans le Dja, situé dans la région du Sud, Rainforest Alliance a investi 5,6 millions de dollars, soit environ 3,2 milliards FCFA, pour accompagner les communautés rurales et relancer une production cacaoyère qui avait progressivement décliné.
Les premiers résultats apparaissent encourageants. En 2025, plus de 95 000 kilogrammes de cacao y ont été commercialisés, générant un chiffre d'affaires de 238,5 millions FCFA.
Les producteurs ayant adopté des pratiques agricoles durables ont également bénéficié de plus de 7 millions FCFA de primes, réparties entre près de 150 cacaoculteurs. Le programme fait état de 330 hectares de plantations certifiées, de plus de 60 000 jeunes cacaoyers produits et distribués, ainsi que de 200 hectares de vergers densifiés afin d'améliorer les rendements.
La compétitivité agricole se joue désormais sur la durabilité
Pour William Malla, directeur pays de Rainforest Alliance au Cameroun, les bénéfices observés dépassent les seuls indicateurs environnementaux.
« Les résultats observés aujourd’hui ne se mesurent pas seulement en hectares restaurés ou en arbres plantés. Ils se traduisent aussi par la restauration de sources d’eau, des terres plus productives et des communautés qui reprennent en main l’avenir de leurs paysages », affirme-t-il.
L'organisation déploie désormais une nouvelle version de son Standard d'agriculture durable, intégrant davantage d'exigences relatives à la santé des sols, à la gestion de l'eau, à la biodiversité, à la résilience des cultures et aux impacts sociaux.
Cette évolution traduit un changement profond du commerce agricole mondial. Désormais, la compétitivité des filières camerounaises ne dépend plus uniquement des volumes exportés ou de la qualité des récoltes.
Elle repose également sur leur capacité à démontrer l'origine des produits, leur traçabilité et leur conformité aux nouvelles normes internationales.
Dans un contexte où les exigences environnementales se renforcent chaque année, ces investissements pourraient constituer un levier déterminant pour préserver les débouchés du cacao et du café camerounais.
Leur succès dépendra toutefois de l'appropriation des nouvelles pratiques par les producteurs, de la capacité des coopératives à garantir une traçabilité irréprochable et de la transformation des efforts de durabilité en revenus plus élevés pour les communautés rurales.



